Archives de l’auteur : Nicolas Derny

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Tabea Zimmermann/Kirill Gerstein, pour rendre à César…

Lors de la parution du premier disque du duo Tabea Zimmermann/Kirill Gerstein, nous regrettions l’absence au programme de la sonate sœur de l’op.120/2, dont nous appréciions la très belle interprétation. Les musiciens nous la proposent ici aux côtés, cette fois, de pages célèbres (Schubert et Franck). Plaçant cette nouvelle collaboration dans la continuité du précédent album, les interprètes y font preuve des mêmes qualités – et relative nonchalance. Toujours sur ...
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Sviatoslav Richter face à lui-même

Datés sur la pochette de 1959 (alors que l’œuvre de Tchaïkovski a été captée l’année précédente) ces enregistrements de Sviatoslav Richter réédités par le label Melodiya font-ils « doublon » avec le même couplage – sous d’autres baguettes – disponible dans la collection « The Originals » de Deutsche Grammophon ? A la réponse négative, il faut même ajouter que la comparaison tourne à l’avantage de ces bandes alors destinées à l’Est… Question de chefs, ...
lara hall telemann

Dispensable Telemann avec Lara Hall

Puisqu’en 1723, elles n’ont pu engager « le meilleur » (Georg Philipp Telemann), les autorités municipales de Leipzig ont finalement confié le poste de Kantor de la Thomaskirche au « médiocre » Johann Sebastian Bach. Près de trois siècles plus tard, l’anecdote fait à juste titre sourire. Multi-instrumentiste autodidacte, Telemann aurait composé plus de 6000 œuvres –dont une grosse moitié a été cataloguée à ce jour – qui, avec le ...
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Honegger à hauteur d’homme

« Sans doute la plus difficile d’exécution et de compréhension de ses cinq sœurs, elle est écrite dans un langage plus heurté et moins dépouillé que les suivantes ». Voilà ce que notait Harry Halbreich (Fayard) à propos de la Symphonie n°1 d’Arthur Honegger, chef-d’œuvre aussi poignant que négligé dont le premier mouvement, fait de « l’enchevêtrement d’une demi-douzaine de thèmes », est le plus atonal qu’ait écrit le compositeur. Finement inspiré, Dennis Russell ...
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Pieter Wispelwey joue Bach : suite(s)

Et de trois ! Troisième enregistrement des Suites pour violoncelle seul de Bach par Pieter Wispelwey. Quoi de neuf par rapport au précédent – une référence (Channel Classics) – il y a quatorze ans ? Le diapason, d’abord. 392 Hz, celui de Cöthen à l’époque de la composition du cycle. Autre « (r)évolution » : les tempis. Wispelwey s’entoure cette fois d’éminents spécialistes du compositeur (les très british John Butt ...
haydn depouy

Mathieu Dupouy et l’élégance du Hérisson

Hormis le mouvement lent de l’Hob.XVI :50, c’est à Londres, que Joseph Haydn écrit ses trois dernières sonates pour piano (1794-1795). On ignore dans quel ordre il les compose mais on sait qu’elles ne sont publiées (séparément) que plus tard : la 62e en 1798, la 60e en 1800 et la 61e en 1805. Portent-elles pour autant les traces d’une inspiration anglaise comme on l’a souvent dit – et écrit ? Vu ...
nafege rochat

Nadège Rochat, jeune fille (trop) sage

Si la valeur n’attend pas le nombre des années, certains musiciens arrivent un peu « tendres » sur un marché discographique où il est plus que jamais difficile de se faire une place. Celle de Nadège Rochat, violoncelliste genevoise de 21 ans, n’est pas totalement assurée par cet enregistrement bien léché mais un peu immature. Le Concerto en ré mineur d’Edourad Lalo semble en effet un peu large pour ses (jolies) épaules – ...
melodya slava

Oïstrakh et Rostropovitch sur un nuage

Né dans ce qui était encore un empire au cours de la même décennie que Heifetz et Milstein, Oïstrakh est le seul d’entre eux à ne pas avoir quitté l’Union Soviétique (ce qu’on fait les deux autres dans les années 1920). S’il est souvent affublé du surnom de « Roi David », il est en réalité le véritable « Tsar » du violon russe de son temps. Et puisqu’il dérive étymologiquement du latin Caesar ...
audite mendelssohn

Le Quatuor Mandelring pèche (encore) par trop de perfection

Il peut paraître paradoxal que la critique se morfonde de l’absolue perfection technique d’un interprète ou d’une formation. Pourtant, les reproches qu’il nous faut (encore) adresser au Quatuor Mandelring sont cet ordre : sa recherche d’idéal plastique (pleinement atteint) manque d’un souffle vital qui rendrait pleinement justice à des pages de Felix Mendelssohn déjà remarquablement bien servies au disque par les Emerson (DGG), Melos (DGG) ou Leipzig (MDG), pour ne ...
Bronislaw Gimpel

Bronislaw Gimpel, virtuose « old school »

L’art de certains violonistes du passé est intemporel. D’autres se démodent plus irrémédiablement. Né en 1911 à Lviv, dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine et disparu en 1979 à Los Angeles où il s’était établit l’année précédente, Bronislaw Gimpel appartient indubitablement à la seconde catégorie. Il est pourtant fort à parier que le charme vintage de ces enregistrements berlinois de 1954-1957 en séduira quelques-uns. Ce n’est malheureusement pas la captation live ...
kitanko oehms

Dimitri Kitaenko met la Pathétique en conserve

Toute nouvelle gravure d’une œuvre aussi rabâchée que la Symphonie n°6 de Piotr Ilitch Tchaïkovski doit être motivée par la volonté d’apporter quelque chose de neuf à notre perception de la partition. Voilà ce qui fait malheureusement défaut à la vision de Dimitri Kitaenko qui, pour ne pas franchement démériter, n’entre pas dans la catégorie des indispensables. A la tête de l’excellent Orchestre du Gürzenich de Cologne – dont on regrettera néanmoins la ...
mariinski trifonov

Daniil Trifonov, graine de génie

Les vainqueurs (et vaincus) du Concours Tchaïkovski n’ont pas forcément pour principale qualité de faire dans la dentelle et passent souvent pour pouvoir envoyer au tapis les « poètes » du Concours Haskil à la seule force de quelques accords brutalement envoyés. Du haut de ses 20 ans, Daniil Trifonov déroge à la règle et fait souffler un vent de fraîcheur bienvenu sur un paysage pianistique saturé de techniciens venus de l’est ...
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Andrea Kauten déglingue Franz Liszt

 « Je pense qu’avec la musique de Liszt, l’enjeu majeur n’est pas, du moins en première ligne, de satisfaire aux exigences techniques. Il s’agit bien davantage de rendre justice aux intentions musicales du compositeur et à l’incroyable intensité de sa force d’expression. ». Ces mots (rassurants) de la pianiste helvético-hongroise Andrea Kauten laissent espérer une lecture poético-romantique des partitions ici mises à l’honneur. Ce que double album propose n’est pourtant rien d’autre ...
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De l’utilisation du folklore chez Bartók, Kodály, Ligeti

Lorsqu’au XIXe siècle, les compositeurs Russes développent la première « école nationale » de musique (pour s’émanciper des esthétiques française, italienne et germanique qui règnent sans partage sur la monde occidentale depuis l’ère baroque), ils comprennent vite que le folklore -ou l’image fantasmée qu’ils en ont- se doit d’alimenter cette quête d’identité culturelle propre. Et lorsque d’autres pays les suivent (pêle-mêle la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie, l’Espagne, etc.), tous veulent puiser ...
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Swiss Piano Trio pour douleur russe

50 minutes ! Certes un peu chiche pour un CD mais largement au-delà de la normale pour un trio à clavier. Surtout lorsque l’on connaît le peu de goût de Tchaïkovski pour l’association de la sonorité des archets avec celle du piano : « Au début je dus me faire violence pour m’habituer à un ensemble d’instruments qui déplait à mon oreille » confie-t-il à son amie Nadia von Meck ...
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Richard Tunnicliffe « raconte » la rhétorique de Bach

Si elles sont par définition plus « légères » (car dansantes) que les Sonates et partitas pour violon seul, les Suites pour violoncelle BWV 1007-1012 de Jean-Sébastien Bach ne manquent pas de sophistication. Sans posséder de morceau comparable à la fameuse chaconne de la Sonate en ré mineur ou à la fugue BWV 1001 qui vont à l’encontre du peu de prédisposition pour la polyphonie stricte de la part d’un instrument à ...
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Le romantisme extraverti du Trio Vivo

Intéressant programme que ce couplage Brahms-Arenski proposé par les musiciens polonais du Trio Vivo. L’op.87 du maître de Hambourg (son Trio à clavier n°2) trouve ici une lecture pleine de puissance recherchée voire un peu forcée. Car si le souffle qui balaie cette interprétation dès la première mesure emporte effectivement l’auditeur, cette vision  extravertie et décomplexée manque parfois de nuances intermédiaires. Si la formation convainc globalement, elle a parfois tendance ...
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Kryštof Mařatka : le passé, le présent, l’avenir

Pour s’être établi à Paris il y a presque 20 ans, Kryštof Mařatka, natif de Prague, est parfois trop rapidement comparé à Bohuslav Martinů. Pourtant, son travail s’inscrit plutôt dans la continuité de celui de Leoš Janáček. Mais là où le maître morave arrêtait ses recherches philologico-psychologiques à sa langue maternelle et aux musiques populaires de son pays (ou plutôt, d’une partie de son pays), Mařatka va beaucoup plus loin. ...
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Jarosław Nadrzycki : espoirs déçus

Voici un disque « carte de visite » qui commence de manière peu engageante ! A l’écoute du « Trille du diable » de Tartini et de la Polonaise brillante de Wieniawski, les deux pièces qui ouvrent le programme, on éprouve la désagréable impression d’assister à un examen de fin d’année de conservatoire au cours duquel le candidat s’appliquerait à prouver au jury qu’il maîtrise les doubles cordes (Tartini) et le démanché (Wieniawski), le ...
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Jos van Immerseel et Midori Seiler jouent Beethoven à l’ancienne

Lorsqu’en 1797, Ludwig van Beethoven compose ses premières Sonates pour violon et piano, Mozart n’est mort que depuis 6 ans. Pourtant, si la « folie » des instruments anciens s’est largement emparée de la musique du maître de Salzbourg, lesdites sonates (et les suivantes) ne sont que très rarement abordées sur des violons montés « à l’ancienne ». Avec la commercialisation sous forme de coffret de l’interprétation de Midori Seiler ...
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Olivier Schnyder : l’album d’un voyageur inspiré

Nombreux sont les virtuoses techniquement capables de passer les partitions de Liszt à la déchiqueteuse mais rares sont finalement les authentiques poètes en exercice. Si Aldo Ciccolini (EMI) et Nicolas Angelich (Mirare) n’ont plus à prouver qu’ils sont de ceux-là, Olivier Schnyder propose un première Année de Pèlerinage (Suisse) qui, si elle est complétée des deux suivantes, augure d’une belle intégrale. Serti dans un luxueux livret cartonné de 63 pages ...
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David et Igor Oïstrakh : le père et le fils

Que David Oïstrakh soit l’un des plus grands violonistes de l’ère du disque n’est un secret pour personne. En revanche, la reconnaissance du talent de son fils Igor est largement moins commentée, tout comme le fait que le « roi David » ait également manié la baguette avec bonheur. Sachons donc gré au label Melodiya de nous offrir ce double album de grand intérêt Examinons d’abord la collaboration père-fils, dont on connaît surtout ...
RMI Niziol Ysaye

Bartek Niziol joue Ysaÿe : raffinement et poésie

Elégance. Tel est le maître mot de cet enregistrement des Sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe. Et si l’on apprécie particulièrement le rhapsodique Kremer (Mobile), Korcia « l’improvisateur » inspiré (Lyrinx), le précis et rigoureux Zimmermann (EMI) ou la dernière grande réussite en date, celle de Rachel Kolly d’Alba (Warner), la version de Bartek Niziol les concurrence singulièrement. Pas de poudre aux yeux ni d’effets de manche, le jeu du Polonais vise ...
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Lukas Geniušas trop timide dans Chopin

Pari risqué, pour un jeune pianiste, que de s’attaquer au Concerto n°1 de Chopin, œuvre pour laquelle la concurrence discographique est des plus rudes (et s’il ne fallait en retenir qu’une version, ce serait pour nous celle de Zimerman/Kondrachine chez DGG). Le jeune Lukas Geniušas, musicien russo-lithuanien né en 1990 et deuxième prix du Concours Chopin en 2010, tente le coup sans convaincre complètement. Cette lecture se singularise par le fait ...
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Vasily Petrenko dirige Rachmaninov. Trop facile !

Malgré son jeune âge (35 ans), Vasily Petrenko est déjà à la tête d’une discographie riche d’une vingtaine d’enregistrements dont celui-ci est le quatrième entièrement consacré à Sergueï Rachmaninov et la première collaboration avec EMI. Et le résultat d’être tout à fait convaincant grâce à un chef parfaitement armé pour faire face à l’un de ses compositeurs fétiches (avec Chostakovitch) et un orchestre absolument splendide. La phalange impressionne déjà dans le ...
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Le XXe siècle à l’ancienne

Le XXe siècle musical fut le terrain de toutes les recherches esthétiques. A côté de la dissolution de la tonalité, le retour vers la musique « ancienne » (renaissante, baroque ou classique) a été l’une des options très vite privilégiée par un certain nombre de compositeurs. Qu’il soit question de Stravinsky, Poulenc, Martinů, Honegger, Prokofiev, Milhaud, Debussy, Ravel, etc., tous éprouvèrent à un moment de leur carrière le besoin de revenir vers ...
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Gajusz Kęska raconte Szymanowski

Qui dit « piano polonais » pense généralement à Chopin. Ce dernier ne fut pourtant pas le seul de ses compatriotes à laisser une série de chefs-d’œuvre destinés à son instrument. Admirateur inconditionnel de son aîné (dont il admettait sans mal l’influence), Karol Szymanowski nous a en effet légué de captivantes partitions pour le clavier. Outre quelques pièces de genre, il composa trois sonates aussi réussies que différentes. Ecrites à intervalle presque ...
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Faust, sans dilemme !

Après la réédition des gravures de Christian Ferras récemment proposée par Audite revoici au disque le couplage inattendu des concertos pour violon et orchestre de Beethoven et Berg. C’est sous l’archet d’Isabelle Faust –qui a déjà enregistré la partition du maître de Bonn avec Jíři Bělohlavek (Harmonia Mundi)- que l’on retrouve ces deux monuments si différents qu’ils vont finalement bien ensemble. Quelques mois après une magnifique gravure du concerto de ...
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Karel Ančerl, la musique pour survivre

Né le 11 avril 1908 à Tučapy, en Bohême du sud, Karel Ančerl grandit dans un milieu modeste et non mélomane. Enfant, il commence pourtant à apprendre le violon. Aussi déterminé que doué –sinon plus- il gagne sa place dans l’orchestre local dès l’âge de 11 ans. Au lycée, Ančerl s’initie au piano et se passionne de plus en plus pour la musique. Contre la volonté de ses parents, il ...
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Ulf Wallin trop seul dans Schumann

Robert Schumann s’intéressa au violon à partir de 1851. Il composa sa première Sonate pour violon et piano du 12 au 16 septembre et la seconde entre les 26 octobre et 6 novembre de cette année. Ce n’est qu’à l’automne 1853 que la troisième verra le jour, à la même période que le Concerto pour violon et la Fantaisie pour violon et orchestre. Pour Ulf Wallin, « Robert Schumann a non ...