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Schubert, version Sang Viennois

Cinquième festival d’été de Bordeaux

Lauréat en 1999 du premier Concours International de Bordeaux, le jeune Quatuor Johannes a-t-il trouvé l’inspiration de sa texture schubertienne dans la douce lumière qui nimbe l’escalier du Grand Théâtre ? On a trop souvent opposé le Schubert adolescent des quatuors et symphonies au compositeur adulte pour ne pas le louer d’avoir d’emblée écarté le cliché d’une maturité sans prémices. Ainsi choisit-il deux ouvrages séparées de dix années, à l’étonnante parenté de structure, sinon de tonalité et d’ampleur.

Le mineur du célébrissime quatuor « la jeune fille et la mort » n’est guère différent de celui du XX° concerto pour piano de Mozart. De macabres sarcasmes qui ne peuvent se dispenser d’un respect presqu’absolu de la forme ; en quoi d’ailleurs toute recherche de parenté avec le dernier Beethoven reste vaine.

Conduits par un violoncelliste maître d’œuvre – main de fer sur archet de velours -, les instrumentistes tournent délibérément le dos à quelconque « germanité » du propos. Leur souplesse motorique, respectant toutes les nuances dynamiques (le retour au thème principal après l’ultime digression du II) ; leur virtuosité sans outrance, capable du plus grand moelleux (variation 2 du II encore, avec un alto olympien, trio du III, sans omettre le développement du I), comme du coup de cisaille (coda du IV) : tout cela n’est pas que coquetterie.

Ils en font une nécessité organique : au pathétique de surgir s’il y a lieu de l’ambivalence tonale ou rythmique d’une ligne fermement tenue, même dansante, et non l’inverse. Grâce à ces artistes, l’équivoque entre le divertissement et l’anxiété, si récurrent chez Schubert, trouve la plus logique des essences formelles : viennoise.

Dans le clair majeur du D 94, ils pratiquent la démonstration a contrario ; donnant à entendre bien plus qu’une vague incertitude à la Chérubin, au sein d’une pièce gracieuse et concise ; comme un Petit Trianon au crépuscule, près duquel Le Nôtre n’aurait pas sa place. Pour qui aurait oublié le tribut que le compositeur paya à Haydn – autre Viennois en sa vieillesse -, les complices viennent reverser en bis un peu de leur miel corsé dans deux admirables extraits (opus 76 et 64) empruntés au fixateur du genre.

D’aucuns seront peut-être désemparés par une telle approche qui réfute hiatus et traits de cruauté appuyés, souvent entendus dans le D 810. Incertain procès : juvénile et neuve, elle suggère, largement autant qu’elle se garde d’insister, les doutes derrière les lambris. Au poète pour qui « les chants désespérés sont les chants les plus beaux », le Quatuor Johannes, en ce terrain préromantique, répond non sans tac-au-tac, qu’il en est d’élégants sachant être aussi les plus duplices.

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