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Un Bal Masqué de Verdi : quand l’opéra ouvre le bal

Festival Mozart

Les 29 et 30 mai, dans le cadre du Festival Mozart, danseurs de la Compagnie du Bal Mabille, musiciens de l’Orchestre Lyrique de Paris, chanteurs solistes et choristes du Chœur Vincent d’Indy, sur un même plateau, donneront Un Bal Masqué, opéra historique de Giuseppe Verdi, mis en scène par au Manège Musiques de Marcq en Baroeul à 20h30.

Cathy Flahaut, professeur de danse contemporaine au Conservatoire National de Région de Lille, formatrice pour le diplôme d’état à la danse contemporaine au Centre de Formation Professionnel « Danse Création » de Lille, directrice de la Compagnie du Bal Mabille à Paris et spécialiste en danses de salons du XIXe siècle, signera la chorégraphie de la scène du bal. Exceptionnellement, danse et opéra coexisteront, peut-être à la recherche d’un art total.

Quel rôle auront vos danseurs sur le plateau pendant l’opéra ?

Un rôle en toile de fond. La danse sera un peu comme un décor vivant ce qui n’empêche pas qu’elle garde toute son importance, toute sa beauté. Puis, la danse n’est pas ici un intermède qui vient sans raison, elle a pleinement sa place grâce à la scène du bal. Dix danseurs de la Compagnie du Bal Mabille et deux danseuses contemporaines en cycle supérieur du Conservatoire de Lille interviendront. Les deux danseuses au moment de la prophétie de la bohémienne, à l’instant même où celle-ci prédit la mort du personnage central puis les dix autres pour les danses du bal. Le metteur en scène a décidé de faire évoluer tous ses personnages dans un univers blanc avec un décor fait de masques. On dansera probablement en robe et habit blancs. Les danseurs resteront, malgré le drame, ce fond de vie collective et festive. Cela dit, nous allons sûrement participer à l’action, au cours de l’opéra, en tant que figurant, comme le chœur.

Vous n’en êtes pas à votre première association avec des musiciens pour des œuvres qui ne nécessitent pas inévitablement la présence de danseurs…

C’est vrai, l’année dernière, toujours dans le cadre du Festival Mozart, la Compagnie de Danse Création avait été pressentie pour le Requiem de Berlioz, nous étions trois chorégraphes pour relever le défi de danser sur un Requiem. Ce pari intéressant fut donné aussi au Théâtre de la Mutualité à Paris. Nous sommes toujours enthousiastes de cette rencontre avec le chant et un grand orchestre symphonique.

D’où vient cette idée de représenter une véritable scène de bal sur une scène lyrique ?

Les dirigeants du Festival Mozart savaient que je m’intéressais aux danses du XIXe et au répertoire Second Empire. Alors leur est venu le superbe projet de chorégraphier la scène du bal masqué en mettant la danse en filigrane. La dernière scène de l’opéra se passe lors du Bal Masqué. Le fait même que les personnages soient masqués permet l’assassinat du héros de l’opéra. Pendant ces quinze minutes de bal, Verdi place véritablement des musiques de danses et, en particulier, une magnifique Mazurka entièrement d’époque comme celles que l’on dansait dans les années 1860. C’est donc un formidable prétexte.

Les danseurs de la Compagnie du Bal Mabille sont-ils habitués à ce genre de production ?

Les danseurs du Bal Mabille, depuis 1999, sont plutôt des habitués de l’animation de bals, de lieux historiques ou de prestations comme celle du mois dernier, au Musée des Beaux-Arts de Lille dans le cadre de l’exposition Berthe Morisot, pour restituer le climat d’une époque.

Comment se passe cet alliage opéra-danse ?

Nous avons très peu de temps pour se réunir, nous faisons la première répétition et la répétition générale le même jour, la veille de la première, car le lieu de la représentation est un manège équestre non une maison d’opéra. J’aurai donc réalisé mon projet chorégraphique et nous ferons sur place, avec le metteur en scène, œuvre commune pour les entrées des danseurs par rapport aux mouvements et aux décors du plateau.

Ce qui demande aux danseurs une grande attention entre directives chorégraphiques, musicales et dramatiques …

Toute situation de fragilité force à une extrême attention surtout pour la création d’une œuvre d’art en direct. Comme tout ce qui est humain est variable, il y a des inquiétudes sur les tempi souvent. Il faut prendre le bon tempo sinon la chorégraphie n’a plus le même sens. Jusqu’au XVIIIe siècle, il n’y avait pas le problème des tempi différents entre danseurs et musiciens car les danseurs étaient aussi musiciens. Au XIXe, le musicien et le danseur ne sont plus en osmose. Maintenant, il est bien que le divorce s’estompe avec des projets comme celui-là, qui permettent à tous de retrouver un travail et un élan communs.

Vous aimeriez proposer plus souvent ce genre de collaboration ?

Pourquoi pas, je suis une fervente adepte de l’opéra, je trouve la voix tellement émouvante…au moins aussi émouvante que la danse ! Je suis donc preneuse pour ces projets bien que certains opéras se prêtent plus que d’autres à une intervention dansée. Pour certains autres opéras, la danse contemporaine serait aussi la bienvenue. Pour celui-ci, la présence de la danse devrait être un « plus »… Si le côté physique de la danse pouvait rendre encore plus sensible la réalité des êtres et des sentiments, ce serait une belle chose…

Propos recueillis par Pauline Guilmot

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