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De Gershwin à Piazzolla

Orchestre national d’Ile-de-France

Concert original et séduisant de musique de chambre américaine dans la charmante petite Eglise des Billettes en plein quartier du Marais à Paris. Je dois avouer que je suis un inconditionnel de Piazzolla et de Villa-Lobos et je ne pouvais manquer un tel programme, riche en émotion et en diversité, donné par les solistes de l’Orchestre National d’Ile-de-France.

L’introduction fut en douceur par une berceuse de Gershwin pour quatuor à cordes pleine de charme et de suavité. Une jolie curiosité datant de la jeunesse de Gershwin (1919).

Les « Quatre Saisons » est l’une des œuvres maîtresses de Piazzolla. Il s’agit ici d’une adaptation pour trio piano, violon et violoncelle qui enrichit très utilement le répertoire de cette formation. Le Concierto para quintetto est une sorte de mini triple-concerto pour bandonéon, violon, clarinette où le piano et la contrebasse tiennent surtout lieu d’accompagnement. Dans chacune de ces œuvres, Piazzolla alterne des mouvements fortement rythmés, reprenant en litanies de courts motifs obsessionnels, à de grandes mélodies élégiaques d’une tristesse déchirante mais qui évitent toujours par miracle, ou par génie, toute sensiblerie. Cette musique transcende le tango dont elle est issue. Il ne s’agit plus ici d’une danse purement physique, mais d’une danse émotionnelle. Succès assuré pour cette musique qui parle le langage du cœur.

Les premières Bachianas Brasileiras de Villa-Lobos sont aussi une page de choix, pleine de vigueur et de beauté, qui séduit toujours autant le public, à en juger les applaudissements après l’émouvant mouvement lent central, une sorte d’adagio de Barber bis.

La suite américaine de Crespo porte bien son titre. Il s’agit d’une jolie partition, pleine de mélodies enjouées, et qui assure aussi bien par ses timbres cuivrés que par son atmosphère détendue une bonne diversité au milieu de la soirée.

Ce concert et ses interprètes, totalement convaincus par cette musique, nous prouvent que l’on ferait bien de regarder un peu plus souvent de l’autre côté de l’Océan Atlantique, et répond en écho au très beau concert de novembre dernier de l’Orchestre National d’Ile-de-France qui avait donné les deuxièmes Bachianas de Villa-Lobos, le concerto pour bandonéon de Piazzolla et le Bœuf sur le Toit de Milhaud. Belles programmations pour cet orchestre, dont c’est la dernière année de à la direction, et qui fait toujours preuve d’un éclectisme réjouissant.