ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Chœurs et cordes en mosaïques

à la Cité de la Musique (2)

mais accusé au début de XIXe siècle de « nocivité », et le célèbre Quatuor pour hautbois et cordes. L’exécution de l’ensemble est gracieuse et emplie de légèreté, rendant ainsi les subtils jeux de couleurs dans la première œuvre et démontrant les qualités de hautboïste virtuose de dans la seconde.

Oschter-Ei de Holliger est un « triple/quadruple canon » dans la lignée des « canons à boire » de Mozart, mêlant en un subtil jeu contrapuntique un triple canon aux quatre pupitres du chœur sur trois idiomes différents. L’Ode an Kleitos est un hommage à celui qui a dirigé et façonné l’ensemble vocal de la SWR de Stuttgart, le chef de chœur (le non moins talentueux vient de lui succéder), créateur et défenseur de nombreuses œuvres chorales contemporaines. Cette dédicace est complétée par son adaptation – suscitée par Holliger – du prélude de Debussy Des pas sur la neige pour chœur a capella sur des poèmes mis en oppositions de Rilke et Mallarmé. Holliger parvient dans cette courte pièce à obtenir du chœur des sonorités sombres et chaleureuses, d’une justesse quasi-parfaite avec une articulation excellente qui ne fait perdre le moindre mot des textes chantés. Les Six letter letter d’ pour cor anglais solo sont un aphorisme musical fondé sur les notes de chaque lettre du nom du célèbre mécène suisse , à qui Holliger a dédié son bref Sacher-Toast, variation atonale du célèbre Happy Birthday, dans le même esprit que celui de Stravinsky composé pour les 80 ans de Pierre Monteux. De rigoureux canons mêlant solistes, chœur et instruments s’y sont enchaînés. Lebenslinien s’inscrit dans la ligne des ballades pour chœur a capella du XIXe siècle (Schumann, Cornelius, Brahms, Reger, …).

Retour à Mozart avec l’hommage que lui rend dans son Quatuor pour hautbois et cordes, neuf courts mouvements très virtuoses enchâssés que maîtrisent à la perfection Heinz Holliger et le Trio Weinmeister. Le Madrigal pour chœur a capella, d’une écriture modale et homophone qui rappelle les madrigaux élisabéthains de Morley ou Byrd. Puis, en conclusion, dernier retour à Mozart, avec le pendant de l’Adagio et rondo en ut mineur pour quintette avec Glassharmonika, l’Adagio en ut majeur permet découvrir cet instrument de verre en soliste, avant que l’une des rares pièces de musique de chambre utilisant le cor anglais, le fort rare Adagio K.580a, ne serve de transition vers une version a capella du célébrissime Ave Verum.

Un concert au programme disparate alternant raretés mozartiennes, hommages et créations, soudé par l’excellence de ses interprètes. Occasion de rappeler que Heinz Holliger reste un personnage phare du paysage musical contemporain.

Crédit photographique : Franck Ferville