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Dmitri Hvorostovsky, le Soleil noir de la mélancolie …

Le récital , qui s’inscrivait dans la Saison Russe du Théâtre du Châtelet, était l’occasion de réentendre, peu après Iolanta en version de concert en ce même théâtre, le baryton russe , que l’on souhaiterait avoir le bonheur d’applaudir plus souvent à Paris.

Ce même Théâtre du Châtelet lui avait offert en 1991 l’un des meilleurs Eugène Onéguine que l’on ait entendus, intense, puissant, insolent, presque possédé, l’un de ses rôles fétiches, selon ses propres termes, interprétation que le disque a opportunément préservé (1). Régulièrement invité par les plus grands théâtres du monde, le Metropolitan Opera de New York, les Opéras de Vienne et de Munich, le Festival de Salzbourg où il a été Don Giovanni, il fréquente régulièrement le répertoire italien, Rigoletto, Figaro du Barbier de Séville et donne de nombreux concerts et récitals, n’hésitant pas à aborder la musique d’aujourd’hui. Il a notamment créé en 2002 à San Francisco une œuvre que Gyia Kancheli a écrite à son intention, Do not grieve, et donne régulièrement le cycle de mélodies Saint Petersburg que lui a dédié Georgi Sviridov.

Au Châtelet, Hvorostovsky a proposé un programme de mélodies choisies parmi les plus belles de deux « géants » de la musique russe, Tchaïkovski et Rachmaninov : le premier, lyrique, hypersensible, rongé par une tristesse presque maladive ; le second, tout aussi romantique, mais plus puissant, plus sensuel, plus extraverti. La juxtaposition de ces deux compositeurs a donné le sentiment aussi étrange que délicieux que le baryton a tenu à faire entendre ce soir-là les deux versants de sa personnalité.

Personnalité double, à la fois solaire – forte présence, physique avantageux, beau visage énergique auréolé d’une chevelure d’un blanc neigeux, sourire lumineux, voix étincelante, saine, égale sur toute la tessiture, graves profonds, médium nourri, aigus insolents – et lunaire par la tristesse et la profondeur qui jettent parfois sur tout cet éclat le voile léger de la mélancolie… Le chant de cet artiste est exemplaire, intense, concentré, avec juste ce qu’il faut de pathos et de langueur, ou mièvrerie… La voix est conduite admirablement, et, sans jamais forcer, Hvorostovsky sait utiliser la puissance, le piano ou le mezzavoce afin d’épouser au plus près l’atmosphère voulue par le compositeur. Il a offert à un public recueilli, enthousiaste qui lui a réservé une standing ovation trois bis époustouflants : un « Credo » de Iago d’Otello de Verdi à faire se pâmer Desdémone, un classique de la mélodie napolitaine Torna Sorrento apte à donner des inquiétudes à Luciano Pavarotti, et, pour finir, dans un silence palpable, un chant a capella d’une beauté inouïe, sorte de « mélopée des steppes », qu’il n’a pas annoncé, mais qui a déchaîné l’auditoire, dont nombre de Russes….

Il convient de saluer son partenaire de récita, le pianiste Mikhaïl Arkadiev, qui, par son jeu raffiné, discret mais attentif, a su se faire oublier tout en étant constamment présent… Espérons qu’il nous sera donné d’applaudir au plus vite ce magnifique musicien, qui compte parmi ses projets le Comte des Noces de Figaro à l’Opéra de Paris, et gageons que cet Almaviva-là sera un redoutable rival redoutable pour le sympathique compagnon de Susanna…