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On Your Toes au Royal Festival Hall South Bank : Epoustouflant !

On Your Toes aura sans aucun doute été le spectacle à voir cet été dans un Londres qui ronronne avec ses musicals fétiches (Les Misérables, Phantom of the Opera, Mama Mia), mais ne s’endort pas. Adam Cooper, danseur favori de , a réussi à redonner vie à ce classique du Broadway des années trente sur l’une des scènes les plus prestigieuses de la capitale britannique avec une distribution époustouflante.

Que l’on imagine – mais ne rêvons pas ! –, la France n’a jamais eu la tradition ni le talent des Anglais et des Américains pour le musical. Chaque tentative s’y solde par une catastrophe. Que l’on imagine, donc, un ancien danseur du Royal Ballet, connu du grand public pour avoir incarné Billy Elliot adulte à la fin du film et des initiés comme le Prince Siegfried dans le très provocateur Swan Lake de , Adam Cooper, décidant de se donner les moyens de remonter dans des conditions optimales un musical créé à Broadway en 1936 dont Balanchine lui-même avait réglé les deux immenses ballets qui finissent chaque acte et George Abbott avait été chargé de retaper les lyrics. Et de s’en octroyer la chorégraphie et le rôle principal du jeune professeur de musique, Junior Dolan, héritier d’une lignée de danseurs de jazz, rôle qui comporte presque autant de dialogues que de danse et même quelques chansons, et de s’y révéler à son public comme un bon comédien et un parfait chanteur. Et de s’entourer de stars comme le danseur kazakh Irek Mukhamedov, issu comme lui du Royal Ballet, jouant son propre rôle de primo uomo infatué d’une troupe de ballets russes en tournée à New York. Et de Sarah Wildor, elle aussi principal du Royal Ballet, dans le rôle de la capricieuse prima dona. Ajoutons Kathryn Evans qui fut Evita sur les scènes du West End londonien en manager américain et le comédien Russell Dixon dans le rôle de l’irascible Directeur de la troupe russe. Si le spectacle pêche par des décors un peu pauvres, et, parfois, par la platitude de scènes purement parlées, l’ensemble est explosif. Le nœud de l’histoire consistant pour le jeune Junior Dolanmanager, le Directeur de faire jouer à sa troupe russe après le succès d’un impayable pastiche de ballet russo-orientalisant, La Princesse Zenobia, une œuvre jazzy d’un de ses élèves, Slaughter on Tenth Avenue. Ce qui ne va pas sans un certain nombre d’embûches et de quiproquos auxquels sont mêlés quelques gangsters new-yorkais. La représentation de Zenobie dans laquelle le jeune Dolan joue au pied levé l’un des esclaves est un numéro digne des meilleurs Marx Brothers. Slaughter a beaucoup d’allure aussi, et grâce à une troupe et à un orchestre qui soulèvent tout sur leur passage, l’ensemble donne une soirée aussi réussie qu’inattendue.