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Carl Philipp Emanuel Bach – Sanguineus und Melancholicus

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Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) Sonates en trio Wq 146, 147, 148 et 161. Les Nièces de Rameau; Florence Malgloire, violon. Alice Piérot, violon. Marianne Muller, viole de gambe. Aline Zylberajch, clavecin. 1 CD Zig Zag Territoires N° ZZT 030701.

 

Carl-Philip Emmanuel Bach (1714-1788) - Sanguineus und MelancholicusLa sonate en trio est un domaine encore relativement peu exploré de l’œuvre immense du deuxième fils de Johann Sebastian, davantage connu pour ses sonates et concertos pour clavier —  ou ses symphonies — , que pour sa musique de chambre. Pièces de début de carrière dans l’ensemble, elles relèvent d’un schéma alors déjà archaïque (la sonate en trio laissant bientôt place au trio) que le compositeur n’abordera d’ailleurs plus après 1756. Il est du reste étonnant de constater qu’un musicien aussi novateur que ait pu ignorer des formes plus modernes, comme le Quatuor à cordes, ne composant que trois quatuors pour claviers et cordes, Wq. 93 à 95 ; au demeurant fort beaux.

Encore élève de son père à Saint-Thomas de Leipzig, le compositeur de dix-sept ans écrit en 1731 un premier groupe de cinq sonates en trio pour violon, flûte et continuo ; qu’il révise en 1747 pour les publier avec des sonates plus récentes. Ces œuvres portent les numéros Wq 143 à 147 dans le catalogue établi par Alfred Wotquenne en 1958.

Carl Philipp Emanuel écrit quatre ans plus tard une autre sonate (Wq 148), où déjà s’estompe l’influence paternelle. Puis viennent à Berlin entre 1745 et 1747, alors qu’il est claveciniste du roi-flûtiste Frédéric II de Prusse, les sonates Wq 149 à 153. C’est au moment de la composition de la sonate Wq 150 (1747) que Carl Philip Emanuel décide de réviser ses partitions de jeunesse pour les émonder de leurs emprunts les plus évidents au style paternel.

De même, le compositeur arrange ultérieurement les sonates Wq 149 et 151 pour flûte seule et clavecin. Enfin, l’une des plus célèbres est la sonate « Sanguineus und Melancholicus » de 1749 pour deux violons et basse Wq. 161 N°1. Composition à programme, qui essaie de rendre en musique une conversation entre deux personnes douées de tempéraments opposés, d’une façon que le compositeur lui-même détaille dans sa préface à la première édition (1751) : « J’ai essayé autant qu’il était possible de faire exprimer seulement par des instruments ce qui aurait pu être énoncé peut-être de façon plus appropriée par des voix et un texte. Le but était de rapporter une conversation entre deux personnages, un sanguin et un mélancolique, en désaccord pendant le premier mouvement et la plus grande partie du deuxième mouvement. Chacun des deux personnages cherche à convaincre l’autre, jusqu’à la fin du deuxième mouvement où est réglé leur différend, moment où le mélancolique abandonne le combat et admet l’opinion de l’autre. ». Ces diverses précisions ne sont pas inutiles en ce que l’éditeur Zig Zag Territoires, d’ordinaire excellent, a omis de préciser sur ce disque les numéros de catalogue et l’effectif instrumental de deux des œuvres. Elles sont simplement nommées ici « sonates », et le texte de présentation très succinct se concentre sur la seule « Sanguineus und Melancholicus » sans même mentionner les autres pages enregistrées ! En outre, la traduction de la préface de 1751 est assez obscure. Enfin, on aurait aimé trouver mention du fait que trois de ces œuvres, pour flûte, violon et continuo dans leur version originale, sont ici jouées par deux violons et continuo. Ce manque de rigueur éditoriale n’est, espérons-le, qu’un faux pas passager de la part d’une marque habituellement très soigneuse de la présentation de ses disques.

On entend ainsi, dans l’ordre :

* Sonate en trio Wq 146 en la majeur pour flûte, violon, continuo (1731, rév. 1747)

* Sonate en trio Wq 161 en do mineur pour deux violons et basse continue (1749)

* Sonate en trio Wq 148 en la mineur pour flûte, violon, continuo (1735, rév. 1747)

* Sonate en trio Wq 147 en do majeur pour flûte, violon, continuo (1731, rév. 1747)

Mis à part l’œuvre éponyme au titre du disque, il s’agit donc de pièces de jeunesse où l’on ne reconnaît que par instants la patte de ce musicien de l’Empfindsamkeit.

L’ensemble « Les Nièces de Rameau », offre de ces pages une vision que l’on pourrait qualifier de très « française ». Le texte est en effet peu sollicité, les affects restent discrets ; et l’on pourrait trouver que le contraste des deux tempéraments dans la Wq 161 est rendu de façon fort mesurée. Il est vrai que la transposition à deux violons d’un original écrit pour flûte et violon enlève beaucoup de variété à l’ensemble, en uniformisant les timbres. Si la virtuosité des solistes paraît tout à fait dignes d’éloges, on doit cependant constater quelques disparités de phrasés et d’accentuation entre elles – le second violon, sans doute Alice Pierot, paraissant moins à l’aise et parfois plus raide que sa « consœur ».

Le continuo, dont le rôle chez C.-P.-E. Bach est primordial, semble parfois bien sage également, plus attentiste que véritablement acteur… et la réalisation du clavecin n’est pas des plus inventive. La présence d’une viole de gambe dans les instruments obligés accentue par ailleurs l’archaïsme de ces partitions ; tout en conférant une sonorité plus généralement sombre à l’ensemble, ce qui les rapproche des sonates en trio de Johann Sebastian. Il ne faut pas attendre de cette version très musicale les fortes émotions d’un style Sturm und Drang que l’on ira plutôt chercher, s’agissant des sonates pour flûte, violon et basse continue, du côté de la toute récente intégrale — autrement vivante et colorée —  des « Amis de Philippe » (2 CD « CPO » 999 495-2).

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