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Asher Fisch en ouverture de la saison de l’orchestre du Capitole

La succession de Michel Plasson ne semblant pas encore décidée, cette saison 2003/2004 de l’orchestre du Capitole s’annonce comme une valse des prétendants, la plupart des concerts étant assurés par de jeunes chefs à la notoriété encore fraîche. Mais le mélomane ne s’en plaindra pas forcément, l’accent étant alors mis sur la diversité de la programmation qui permettra de revisiter certains « tubes » finalement peu entendus à Toulouse (quatrième symphonie de Mahler, première symphonie « Titan » de Mahler, première symphonie de Sibelius, neuvième symphonie « La Grande » de Schubert, concerto « À la mémoire d’un ange » de Berg) ou de découvrir quelques œuvres plus rares de grands compositeurs (Symphonie Alpestre de Strauss, concerto pour violoncelle de Schumann, concerto pour tuba de Vaughan Williams, Rêve de Gerontius d’Elgar). Et puis, la présence annoncée de quelques musiciens plus aguerris et plus connus, Richard Hickox, Hugh Wolff, Walter Weller, Georges Prêtre, Rafaël Frühbeck de Burgos, rassérénera sans doute les spectateurs inquiets.

L’honneur d’inaugurer cette saison revenait donc à , directeur de l’opéra d’Israël et du Volksoper de Vienne, plus célèbre (modestement encore) comme chef lyrique que pour ses prestations symphoniques.

La rare et très belle ouverture de Polyeucte de Paul Dukas, augurait bien de la réussite de ce concert : direction claire, patiente, dramatique mais sans effet de manche, et mise en place impeccable. Mais la très attendue Quatrième symphonie de Brahms ne prolongeait pas cette réussite; la simplicité s’y muait en prosaïsme. Des tempos équilibrés n’empêchaient pas l’ensemble de manquer de respiration, les transitions souvent négligées donnant parfois l’impression que les phrases se télescopaient. Surtout, l’absence de plans sonores et de gradations dynamiques, chaque détail étant systématiquement mis en avant, générait une sonorité dure et fruste; rarement l’orchestre du Capitole aura sonné avec si peu de cohésion et un tel manque de chaleur.

Heureusement, le très jeune pianiste américain , à qui venait le redoutable honneur de remplacer Hélène Grimaud originellement annoncée, a donné une interprétation étonnante et très réussie du troisième concerto de Bartók. Sa sonorité fluide et colorée, son extrême légèreté de toucher, sa musicalité douce et libre servaient parfaitement le propos de cette œuvre très « féminine » de la dernière manière du compositeur, comme l’on parle de « dernière manière » mozartienne. Car le parallèle, si souvent fait, entre ces deux compositeurs était ci patent, particulièrement dans un Adagio religioso d’une beauté cristalline très émouvante. On retrouve dans le jeu de ce jeune musicien les exactes qualités du jeu de Bartók lui-même tel qu’Otto Klemperer le décrit : « La beauté de ses sonorités, l’énergie et la légèreté de son jeu étaient inoubliables. C’était si beau que s’en était presque douloureux. Il jouait avec une grande liberté, c’est cela qui était si merveilleux. » Un musicien à suivre, d’autant qu’un disque Schumann est annoncé pour bientôt chez EMI.

Pour sa première partie et surtout pour les qualités du soliste, ce concert méritait malgré tout d’être entendu, une prochaine retransmission par Radio Classique est d’ailleurs prévue.