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Mozart : Divertimenti, Serenata notturna

Un condensé allègre de la production du jeune Mozart tient lieu de fil conducteur à cette parution Harmonia Mundi qui met en lumière — autant du point de vue de l’édition que de la couleur éclatante du — la Serenata Notturna en Ré majeur et trois Divertimenti pour cordes.

Le prodige salzbourgeois n’était que dans la fleur de l’adolescence lorsqu’il écrivit ceux qui sont gravés sur le présent CD. Datées de 1771/1772, ces œuvres ont été composées dans des circonstances qui nous demeurent inconnues ou presque. Tout au plus sait-on aujourd’hui que ces divertimenti en plusieurs mouvements furent vraisemblablement élaborés alors que le séjour italien de Wolfgang Amadeus et Leopold Mozart touchait à sa fin. La double barre finale d’Ascanio in Alba venait à peine d’être apposée à Milan que le prolifique petit génie planchait déjà sur ces quelques piécettes à la saveur raffinée. Il n’aurait couché sur le papier cette merveilleuse musique pour petit ensemble, qu’à son retour à Salzbourg.

Certains musicologues postulent que ces œuvres sont des quatuors à cordes (en l’occurrence pour 2 violons, alto et basse continue) alors que d’autres tendent à dire qu’il s’agirait de petites symphonies sans les vents. Selon les indications du manuscrit autographe, les pupitres peuvent être renforcés, si bien qu’il paraît tout aussi légitime d’obtenir des pièces à l’instrumentation moins codifiée, dans une perspective plus orchestrale que chambriste.

À l’écoute de ce que livre dirigeant de son archet de Konzertmeisterin les cordes de la phalange baroque attachée à la ville d’Allemagne du Sud, on ratifie très volontiers la deuxième solution. Joués comme les jouent les Freiburger, c’est-à-dire avec clarté, de très beaux contrastes et surtout un extraordinaire sens de l’articulation, ces divertimenti s’accommodent d’une instrumentation étoffée sans risquer de gaver la sonorité d’ensemble. Les musiciens sont au nombre total de quinze : quatre violons I, quatre violons II, trois altos, deux violoncelles et deux contrebasses. Fusionnels registre par registre, ils soulignent cependant chaque ligne avec un sens affûté des phrasés. Les violons, par exemple, sont sans cesse au service d’une luminosité d’ensemble et conduisent l’auditeur au travers de ces mouvements à l’équilibre parfait.

Comme est définitivement révolu le temps des interprètes jouant la musique de l’ère classique sur instruments d’époque, avec une sécheresse la rendant parfois exsangue ! Les expérimentations des pionniers, qui se sont courageusement mis au chevet d’une musique dénaturée par le temps, se sont incontestablement révélées formidablement porteuses de sens. Force est de constater toutefois que les « baroqueux » du passé ont fait des émules qui ont définitivement supplanté les premiers praticiens dans la maîtrise de la technique instrumentale. Chez les allemands de Freiburg in Breisgau, le son s’effile comme de la soie, avec une rondeur épanouie qui n’est jamais créée par un inepte vibrato. Les attaques sont d’une précision à toute épreuve. Celles-ci permettent de prolonger à loisir les tenues qui le nécessitent et de les nourrir afin qu’elles se déploient sans platitude. Les tempi demeurent alertes, à l’aune des interprétations « historiques », mais sans l’empressement d’antan que l’on ressent rétrospectivement comme procédant d’un souci manifestement didactique. Un travail autour de l’équilibre des pupitres et une articulation qui donne corps et âme à chaque thème, permettent en outre à l’orchestre de façonner un discours musical d’une éloquence et d’une élégance rendant pleinement justice à l’écriture mozartienne.

La Serenata Notturna écrite dans la tonalité conquérante de majeur, célèbre par le rôle prépondérant qu’y tiennent les timbales et la solennité feinte qu’elles dispensent, augure ce disque. Hélas, les Marches initiales manquent d’aplomb et de détermination. Cette timidité constitue le seul « bémol » de l’ensemble. Une menue déception qui rend la gravure de la Kremerata Baltica de Gidon Kremer (un magnifique disque qui met en miroir, non sans quelques clins d’œil, Mozart avec des contemporains russes tels Schnittke et Raskatov) indispensable pour qui voudrait détenir la version de cette Sérénade. Celle-ci s’y trouve servie avec une générosité qui justifie à elle seule l’acquisition de cette gravure Nonesuch. Pour ce qui est de la présente version signée par , le Menuet et surtout le Rondeau — au sein duquel de splendides soli pour contrebasse se font avantageusement entendre — demeurent par contre au diapason des courtes pièces pour orchestre à cordes dont il a été question plus haut.

Pris dans sa globalité, ce nouveau disque du confirme une fois encore la maestria qui prévaut dans ses rangs. L’orchestre se profile parmi les meilleurs ensembles du monde jouant sur instruments anciens, et incrémente sa discographie d’une très belle et substantielle réussite.

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