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Brelan d’As !

Bamberger Symphoniker

En l’espace de moins de deux mois, c’est, avec ses trois orchestres-phares, le gratin symphonique sud-allemand que Dijon aura produit en son Auditorium. En effet, après le S.W.R. Orchester (Michael Gielen) le 11 décembre dernier, et avant l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise (Mariss Jansons) le 4 février prochain, le Duo/Dijon nous convie, ce 27 Janvier, à l’écoute du Bamberger Orchester. Un orchestre à la tête duquel ont déjà œuvré, par le passé, d’illustres personnalités telles que Rudolf Kempe, Hans Knappertsbusch, Clemens Krauss ou Eugen Jochum. Son chef actuel, , né en 1962, succède à Horst Stein en 2002. Ex-assistant de Boulez à l’Intercontemporain, il assure la direction de cet ensemble de 2000 à 2003. Parallèlement, il dirige de nombreux orchestres symphoniques : Lucerne, radio de Stockholm, S.W.R. de Stuttgart ou même Philharmonie de Berlin avec laquelle il enregistre des pièces de Ligeti. Le concert de ce soir est l’exacte réplique de celui donné à Zürich quelques jours auparavant.

En « lever de rideau », l’Ouverture de Leonore III (1806) de Beethoven, favorite — à juste raison — des concerts, permet d’apprécier la grande et belle homogénéité de cet orchestre ; particulièrement dans les modulations de l’Adagio initial. Elles se réalisent ici, tout en « fondus-enchaînés » de coloris sonores empreints d’un dramatisme quasi pré-wagnérien. Tout aussi saisissant se révèle le dernier volet de la partition : de la salvatrice sonnerie de trompettes à la strette conclusive. Au final, un Beethoven de haute tenue.

Le Concerto pour trompette en Mi b M (1796), dernier concerto de J. Haydn (et postérieur même à sa dernière symphonie N° 104), est une œuvre populaire, souvent jouée en concert, souvent enregistrée (Signalons, au passage, que Maurice André l’a, entre autres, enregistrée avec ce même orchestre, à la fin des années 70, sous la direction de Theodor Güschlbauer ; un enregistrement qui aura fait longtemps figure de référence). Pierre d’achoppement ou cheval de bataille (avec le concerto de Hummel, dans le même ton) de tous les trompettistes. Mais il arrive à ceux-ci, dans leur désir de briller, de se livrer à de périlleux excès. Ce fut malheureusement le cas de notre soliste Reinhold Friedrich. Voulant probablement trop « en faire » (dans l’ornementation additionnelle de son cru, dans de hasardeuses options de cadences), il connaît quelques fâcheux dérapages qui, en dépit d’un son plaisant et charmeur, entachent quelque peu sa démonstration. Prestation cependant irréprochable de l’orchestre que son chef mène avec élégance et extrême précision.

La seconde partie débute avec Siegfried Idyll, cadeau de Noël offert par Wagner à Cosima en 1870, et qui comporte déjà en germes des thèmes de Siegfried (l’Immortelle bien-aimée, le sommeil de Brünnhilde, le thème de l’Oiseau des « Murmures de la Forêt »). Siegfried Idyll, seule rescapée des œuvres de Wagner, aux yeux (et aux oreilles) de Nietzsche quand il aura « effacé » tout le reste ! Et, selon le journal de Cosima, la seule œuvre « de circonstance » que Wagner estimait avoir réussie. Cette page est rendue ici dans toute sa souriante sérénité, par des cordes et des bois, en particulier, tels qu’on les rêve pour un orchestre. Une interprétation, en somme, littéralement « idyllique ».

Si composite que paraisse ce programme, il n’est cependant pas tout à fait le fruit du hasard. Les Bamberger Symphoniker et leur chef se souviennent que l’orchestre, depuis sa fondation (par Joseph Keilberth) au lendemain de la Guerre, s’est longtemps appelé : l’Orchestre allemand de Prague. Aussi ne faut-il pas s’étonner de trouver « à l’ordre du jour » la Sinfonietta de Janáček. C’est naturellement cette œuvre, sensiblement moins connue que les autres, plus rarement jouée en concert, qui suscite le plus de curiosité et se trouve être la plus attendue : elle sera donc la pièce « maîtresse » de cette soirée symphonique. Il faut dire qu’elle requiert un effectif de cuivres — et de cordes — impressionnant. L’orchestre s’est d’ailleurs considérablement étoffé et son effectif, alors proche d’une centaine d’exécutants, n’est visiblement pas loin d’afficher « complet » ! Composée en cinq parties, encadrée par deux fanfares de cuivres et percussions, la Sinfonietta présente un défilé d’images harmoniques et rythmiques toujours plaisantes dans leur diversité de timbres et d’accents. L’auditeur est ainsi transporté d’une lyrique élégie dans une liesse martiale et populaire, en passant par un molto animato central, parfaitement maîtrisé par les Bamberger.

Considérant peut-être que les wagnériens de l’auditoire ont pu se sentir frustrés par l’audition de la seule Siegfried Idyll (produit d’un Wagner « petit-bras »… ?), l’orchestre de Bamberg donne alors, en bis, une épique et éminemment « ringolienne » Chevauchée des Walkyries qui aura fait vibrer l’auditorium et son public. Celui-ci, tout près de libérer de tonitruants « Hojotoho ! », difficilement réprimés, laissera éclater sa satisfaction en longs applaudissements.

Un succès de plus à inscrire à l’actif de la programmation du Duo/Dijon !

Crédit photographique : (c) DR