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Gary Hoffmann, l’âme du violoncelle

L’auditorium du CNR de Perpignan recevait ce Samedi 31 Janvier 2004 une des plus grandes figures du violoncelle en la personne de . D’origine Canadienne, il fut l’élève de Janos Starker à l’Indiana University de Bloomington et il devient à l’âge de 22 ans le plus jeune professeur de cette prestigieuse école où il enseignera pendant huit ans. Premier prix du concours Rostropovitch en 1986, il mène depuis lors une carrière de soliste international ce qui ne l’empêche pas de se produire avec des formations plus modestes comme ce fut le cas à Perpignan pour ce concert mémorable. Certes, on souffrit de l’exiguïté de l’auditorium qui n’a guère l’habitude d’accueillir une aussi grande formation et ce fut l’occasion d’attirer l’attention des autorités locales présentes sur la nécessité vitale d’une salle de concert à la hauteur des manifestations culturelles de la ville.

En première partie, deux jeunes talents très prometteurs, Timothée Tosi et Blaise Desjardin, tous deux élèves de au CNSM de Paris, étaient soutenus par l’orchestre junior du CNR sous la baguette de pour interpréter le double concerto pour violoncelle de Vivaldi. Avec une maîtrise technique étonnante, une conduite très fine de l’ornementation et beaucoup d’imagination sur le plan sonore, les deux jeunes solistes firent passer dans cette musique pleine d’allant et de lumière, tout le feu de la jeunesse. Deux autres interprètes, le violoncelliste Matthieu Rouquier et l’altiste Antoine Dautry donnaient à tour de rôle et avec un égal bonheur, la version instrumentale de la mélodie justement célèbre de Fauré « après un rêve ». Moins connu du grand public, le Requiem écrit en 1892 par le compositeur et violoncelliste tchèque (1843-1913) pour trois violoncelles et ensemble instrumental réunissait de nouveau Blaise Desjardins et Timothée Tosi auxquels s’était joint le professeur du CNR Marie-Madeleine Mille. Grave sans être austère, l’écriture du Requiem recherche la profondeur de timbre du violoncelle et le lyrisme de la phrase circulant d’un instrument à l’autre. L’orchestre en petite formation fait sonner les vents répondant aux trois solistes parfaitement solidaires tandis qu’aux cordes basses s’affirme jusqu’à la fin de l’œuvre un rythme obstiné, presque funèbre, comme le titre de Requiem peut le laisser supposer.

Jouant sur un Amati qui fut l’instrument de Leonard Rose, abordait le concerto de Dvorak avec une énergie et une rigueur très personnelle qui se situe en marge d’une certaine tradition de jeu « à la Rostropovitch » qu’il entend bien renouveler en collant davantage au texte du compositeur tchèque. Moins de rubato et d’épanchements chaleureux qui nous frustrent par moments de la puissance vibratoire du violoncelle mais redonnent à la forme générale de ce premier mouvement plus d’équilibre et de dynamisme interne. Saluons l’énergie et l’extraordinaire maîtrise dont fait preuve pour «tenir» son orchestre dans les limites imposées par le jeu du soliste. Conduit avec une sensibilité « à fleur d’âme » par un artiste totalement habité par ce qu’il joue, le deuxième mouvement fut un de ces instants que l’on aimerait infini pour mieux goûter le chant sublime du violoncelle dont l’orchestre prolonge, exalte, colore les résonances avec une égale finesse. trouve là, sans jamais d’excès, l’accent juste pour cette admirable rêverie nostalgique paraphrasant en son centre la mélodie du Lied « Lässt mich allein in meinen Traümen gehen » (« laissez-moi aller seul dans mes songes »). Bouleversé par la mort de sa belle-sœur, et amour de jeunesse, Joséphine Kauric, Dvorak, qui termine son concerto à New York en 1894, le remanie profondément à Prague en citant textuellement, à la fin du troisième mouvement, un fragment du lied précédemment utilisé. Débutant joyeusement dans l’allure d’une marche populaire, ce final exalte avec beaucoup d’enthousiasme les couleurs d’un pays qui manque cruellement au compositeur. L’hommage tendre et mélancolique à la parente défunte modifie sensiblement les perspectives de ce dernier mouvement qui, privé de cadence, maintient la tension émotive jusqu’au bout.

Avec la Sarabande de la Suite n° 3 de J.S.Bach qu’il offrit en bis dans un silence presque religieux, Gary Hoffman fut, pour quelques instants encore, le maître de la grâce et de la poésie de l’écoute.

Crédit photographique : (c) Christian Steiner