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Mozart « alla » russe

Studio « Regard du Cygne »

Affluence exceptionnelle dans la minuscule salle du « Regard du Cygne » pour ce deuxième concert de la saison 2003/2004 de l’association Carnegie’Small. Les occasions en France de pouvoir écouter , violoniste russe choisi par Britten pour enregistrer son concerto, infatigable défenseur de l’œuvre de Roslavets et surtout pédagogue reconnu et recherché, sont plutôt rares. Saluons une fois de plus l’initiative de l’organisateur (et interprète) d’avoir profité de la venu de ce soliste au CNSM à l’occasion de masterclasses pour faire un concert autour des quintettes à cordes de Mozart. L’affiche devait contenir quelques valeurs sûres de l’école russe de cordes mais hélas Guennadi Freidine —alto solo de l’orchestre national de Montpellier — souffrant, n’a pu assurer le concert. Il fut remplacé au pied levé par le jeune et talentueux , membre de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France.

D’emblée le ton du concert est donné : point de Mozart raffiné, souffreteux ou faussement galant mais une interprétation engagée, véhémente, poussant ces chef-d’œuvres de la maturité de leur auteur vers une vision quasi schubertienne. Toutefois ce parti pris d’exécution — à la hussarde — s’il met en valeur la vitalité rythmique de ces pièces donne parfois un sentiment de monotonie par le manque de relief des dynamiques. Pour les deux quintettes le premier mouvement semble hésitant : les artistes — qui, rappelons-le, ne forment pas un ensemble permanent — cherchent leurs repères au prix de légers décalages et défauts d’émission tout à fait inhérents à ce genre d’entreprise. L’andante du K. 515 joué en deuxième position ne manque pas de charme ni de séduction sonore avec son dialogue entre le premier violon et le premier alto mais reste aussi quelque peu trop uniforme. Le discours musical se fluidifie alors peu à peu dans les deux derniers mouvements, d’une plastique sonore presque irréprochable. Le second quintette K. 516 au ton bien plus intériorisé et dramatique s’accommode fort peu de cette interprétation tout azimut, et le minuetto suivant est pris dans un tempo quelque peu trop lent, l’alourdissant considérablement. L’adagio ma non troppo, joué avec sourdines, est en revanche une des grandes réussites de cette soirée de par l’ampleur sonore que les interprètes y ont déployé. Le finale, pris à un tempo étourdissant, privilégiait un jeu sec et précis qui s’il ne donnait pas un résultat toujours très subtil terminait ce concert dans une certaine jubilation musicale.