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Cantates de Nicolas Bacri

Agé d’une quarantaine d’années seulement le compositeur français possède déjà un beau palmarès à son actif. Son imposant catalogue comprend à ce jour, six symphonies (les deux premières étant dédiées respectivement aux compositeurs scandinaves Carl Nielsen et Allan Pettersson), de nombreuses œuvres concertantes (pour piano, violon, clarinette, hautbois, trompette, violoncelle…), des pièces de musique de chambre et des musiques vocale… Avantagé par un assez conséquent carnet de commandes officielles, a été joué en de nombreuses circonstances.

Le double CD ici chroniqué fait appel au genre délaissé de la cantate et du motet qu’il revisite avec une grande spiritualité, un profond questionnement éthique et une ampleur métaphysique véridique. Il ne propose qu’une seule œuvre purement instrumentale, un Notturno, op 74, pour hautbois et orchestre à cordes. Cette dernière pièce, d’une durée de 7 minutes, brosse un climat apaisé mais nullement lyrique, sans doute vaguement méditatif. Les 5 cantates enregistrées reposent (et se justifient) principalement par la teneur des textes retenus. Plus encore que leur grande portée religieuse, ils s’imposent par leur profonde humanité et pourrait-on dire sur leur véritable portée œcuménique. Ainsi les 3 cantates composant l’opus 33, Fils d’Abraham, s’appuient-elles sur des textes d’auteurs israélites, chrétiens et musulmans, tous originaires de la péninsule ibérique et ayant vécu entre le VIIe et le XVe siècle. Les parties instrumentales se veulent relativement simples et homogènes, elles accompagnent efficacement les textes confiés à trois mezzo-sopranos et à deux chœurs (un mixte et un de femmes). Il est vraisemblable que tant la forme que le style paraîtront à certains auditeurs plutôt désuets. C’est exact, mais cela n’ôte en rien la valeur intrinsèque du résultat. D’ailleurs, prévient lui-même qu’il envisage en priorité la dimension affective de son œuvre. Il privilégie l’authenticité sur le passéisme (qu’il entend réactualiser) et sur l’avant-gardisme (qu’il souhaite maîtriser totalement). Il aime qualifier sa démarche créatrice de « classicisme atemporel » et de musique « méta-stylistique ».

Quant aux interprètes, il paraît évident qu’ils servent avec zèle ces musiques en vérité relativement conventionnelles. Cependant ni les solistes vocaux (Isabelle Sengès, et Valérie Rio) ni l’orchestre Bayonne-Côte-Basque ne parviennent à transcender suffisamment ces partitions. Les chœurs s’en sortent mieux mais manquent à la fois de relief et de profondeur. Toutefois, globalement, il s’agit d’un appréciable témoignage intellectuel mettant sur un pied d’égalité les êtres humains d’où qu’ils viennent et quelles que soient leurs convictions. En ces temps troublés et intolérants puisse un tel message être entendu et admis par l’ensemble de l’humanité.

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