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Nina Stemme redécouvre Le roi Kandaules de Zemlinsky

De toute évidence, l’ouvrage n’est pas plus difficile d’accès que la Femme sans ombre de Strauss, dont l’esprit n’est pas si éloigné.

La « patte » sonore de Zemlinsky doit autant à Strauss qu’à Mahler, ses audaces parfois plus osée encore que celle de l’auteur du Chant de la Terre. Quelques œuvres, à peine, survivent de l’œuvre de Zemlinsky (la Symphonie lyrique, die Seejungfrau) et toute pièce nouvelle à inscrire au dossier constitue une tentative de révision du procès en diffamation fait à l’auteur. Il est vrai qu’il n’était sans doute pas facile de s’imposer et de se faire un nom dans un monde musical dominé par les figures mythiques susmentionnées.

Quels sont les arguments de la défense pour cet ouvrage qui fit les beaux jours de Salzbourg voici deux ans ? Une indéniable continuité musicale faite pourtant d’éléments composites (dialogues parlés, musique de scène, récits…) plonge l’auditeur dans un climat qui devient angoissant au fur et à mesure que l’orchestration devient subtilement plus lourde. L’argument de l’opéra est aussi hermétique que peut l’être celui de la Frau ohne Schatten de Strauss-Hoffmanthal. Son caractère déclamatoire peut le rendre difficile d’accès aux mélomanes peu familiers de la langue de Goethe. Les wagnériens auront l’avantage non seulement d’être habitués aux longues tirades allemandes, ils retrouveront de surcroît une parenté palpable entre ces pages de Zemlinsky et le deuxième acte de Parsifal. L’univers symbolique de l’opéra, ses profondes implications psychologiques (fidélité, amitié, passion) rend différentes lectures de l’œuvre possibles à la scène. Sous la baguette inspirée d’un Nagano discret et précis, une distribution de haut vol manifestement concernée par l’œuvre sait convaincre par sa spontanéité.

Une mention particulière pour qui compare l’importance de la redécouverte de son rôle à celui de Teresa Stratas dans celui de Lulu voici près de trente ans. Il serait malhonnête de prétendre que cet ouvrage ne demande pas à être apprivoisé, qu’il n’exige pas sa part de travail personnel. Mais l’effort y trouve sa juste récompense. L’ouvrage devrait bénéficier d’une seconde chance par cet enregistrement qui enchante la critique.

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