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Le Lac des Cygnes au Bolchoï : Plouf!

Le label Arthaus sort des placards du Bolchoï, via la Télévision Japonaise, une vieille chose fanée et même pas historique. Cette reprise d’un spectacle de 1969 – Oh! les belles toiles peintes marron caca d’oie – résume le ballet en deux actes au prix de quelques réaménagements de la partition, et une fin heureuse où, nous dit le livret, « Odette et Siegfried se sacrifient eux-mêmes l’un pour l’autre malgré tous les torts qui leur reviennent et scellent ainsi l’anéantissement de Rotbart, c’est-à-dire l’anéantissement du mal en eux-mêmes et dans le monde ». Moralité : sacrifie-toi après une bonne autocritique et hop! tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes, camarade…

Sur scène, tout ce réalisme socialiste se traduit par une action rendue incompréhensible pour qui ne connaît pas le livret (de toute façon méconnaissable) et une chorégraphie largement simplifiée dans les mouvements d’ensemble, pour un soir de routine soporifique d’une troupe alors en pleine déconfiture. Le ballet se résume en numéros bien distincts sans aucune trame, d’où d’innombrables inerties, et l’on est étonné par la lenteur de certains tempos, rendus cependant nécessaires par la virtuosité prudente des danseurs. Car ce qui choque le plus, outre l’aspect irrémédiablement vieillot d’une production tout juste digne aujourd’hui d’un théâtre de province – et encore – c’est en effet la médiocrité et, plus généralement, la lourdeur et le manque de synchronisation du corps de ballet. Le Prince pataud de se fait voler la vedette par Alexandre Vetrov, autrement virtuose, et la technique correcte, mais pas transcendante, d’ ne peut faire oublier sa raideur et un manque singulier de grâce.

Ajoutez à cela une direction vulgaire avec quelques « pains » aux cuivres, une captation sans imagination et une qualité technique indigne des standards actuels (image médiocre au contrastes brûlés ; effet de traînage constant et plutôt gênant ; couleurs qui bavent ; plans d’ensemble flous et un son qui semble bouffé aux mites comme s’il était passé au travers d’une noise-gate mal réglée), vous aurez compris que l’achat est fortement déconseillé.

On se demande, en passant, quand sera disponible en DVD le magnifique et féerique spectacle de l’Opéra de Paris, très bien capté par Alexandre Tarta, avec Marie-Claude Pietragalla et Patrick Dupond dont la virtuosité étourdissante, aussi bien individuelle que collective, enterre sans retour ce rogaton d’une autre époque.