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Maurice Ohana. Intégrale des quatuors par Psophos

Crée en 1997 au Conservatoire National de Lyon, le (en grec «l’événement sonore»), lauréat de nombreux concours internationaux, remporte notamment le Premier Grand Prix du Concours International de Quatuors à cordes de Bordeaux en Septembre 2001. Dès lors, il est invité sur les plus grandes scènes et festivals internationaux (Concertgebouw d’Amsterdam, Wigmore Hall de Londres, Les Folles Journées de Nantes, Palais des Beaux Arts de Bruxelles …) et partage sa passion de la musique de chambre avec de nombreux solistes français(Jean-Claude Pennetier, Alain Meunier, Frank Braley …).

Premier enregistrement CD du , l’intégrale des quatuors de avec lequel il remporte le prix et le Prix Mécénat Musical Société Générale, témoigne clairement de la curiosité et de l’esprit d’entreprise de l’ensemble entièrement féminin, rappelons-le. Rien de traditionnel dans l’univers de ces trois quatuors tournant radicalement le dos à l’héritage allemand et à la loi du contrepoint pour rejoindre le monde sonore personnel du compositeur ; le raffinement des timbres, l’écho des rythmes et des instruments de l’Afrique qui fascine Ohana, l’extrême diversité des textures fluides ou compactes, homogènes ou éclatées nourrissent les lignes du quatuor comme celles de sa musique vocale ou de son œuvre pour piano. Totalement investi dans la recherche des couleurs, des textures spécifiques sollicitant des modes de jeu très diversifiés et avec une parfaite maîtrise des inflexions au tiers de ton qu’affectionne tout particulièrement Ohana, le quatuor Psophos tend ici à devenir un véritable générateur de sons modelant son objet sonore en continuelle métamorphose.

Les titres des quatre mouvements du premier quatuor font référence à quatre types d’écriture – Polyphonie, Monodie, Déchant et Hymne – plongeant leurs racines dans un Moyen-âge lointainement évoqué. L’Hymne final met en œuvre l’écriture verticale et homophone des quatre pupitres exigeant, comme chez Messiaen, la synchronisation parfaite du geste et des énergies au sein d’un quatuor dont on peut ici apprécier les qualités de son et la richesse de la palette des timbres. Plus étrange encore et mystérieux dans son itinéraire musical, le deuxième quatuor diversifie l’univers de chacun des quatre mouvements – Sagittaire, Mood, Alborada, Faran-Ngo – Jeux de contrastes, dans Sagittaire, entre les allures souples et «lissées» de la trajectoire sonore et le travail toutes en aspérités de certaines surfaces plus tourmentées. Les pizzicatti profonds des cordes graves dans Mood évoquent l’écho mystérieux des percussions de peau perturbant le calme de grands aplats instrumentaux. Alborada est parcouru par une vibration lumineuse irradiant la matière sonore tandis que Faran-Ngo semble résumer, dans son parcours très «accidenté», l’extrême diversité du jeu instrumental déployé dans toute la partition. Entre langueur et surgissement, murmure et clameur, le troisième quatuor Sorgin-Ngo, écrit d’un seul tenant, se nourrit de contrastes. Aux épisodes pulsés par une rythmique presque sauvage succèdent des plages de pure poésie sonore, tendres autant que sensuelles. Avec une énergie et un potentiel sonore mis au service de l’invention musicale, le quatuor Psophos nous fait voyager dans ces lointains mystérieux, ces paysages oniriques avec un engagement artistique total pour atteindre, toujours à fleur d’émotion, l’essence d’une poétique sonore.

Ce superbe enregistrement qui vient compléter la discographie d’Ohana coïncide avec la sortie imminente d’une monographie désormais essentielle sur le compositeur écrite par Edith Canat de Chisy et François Porcille aux éditions Fayard.