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Brahms, Klavierstücke : au plaisir de Vladar

Longtemps laissés pour compte dans le répertoire des pianistes, les derniers opus pour piano de ont l’air de se faire une place au soleil. On continue d’en parler comme d’un testament musical du vieil homme avant que de quitter cette terre. Oh…! Pas si vite : le « vieil homme » a à peine 60 ans tout de même, n’est pas malade et n’a aucune envie de mourir! Nous voulons bien admettre que le tournant de la soixantaine puisse le tourmenter quelque peu mais c’est tout. De toute manière ne nous étonnons pas : c’est toujours à son clavier que Brahms confie ses sentiments intimes, ses tourments ; parfois aux formes de chambre, rarement aux grandes formations.

Il faut dire qu’après Backhaus et le coup de massue Katchen, il y avait de quoi faire réfléchir plus d’un pianiste sensé : tout n’avait-il pas été dit? Marie-Josèphe Jude a brillamment montré que non et sa récente intégrale, en montrant qu’elle pouvait se frotter aux plus grands, a probablement vaincu bien des réticences. Peut-être aussi celle de ? Il offre ici une version bien différente de ce celle de son aînée dans la carrière bien que sa cadette dans le calendrier. C’est manifestement sans complexe que Vladar se jette dans le piano brahmsien. Il ne semble pas s’embarrasser de considérations inutiles : il prend la musique à bras le corps, comme elle vient, avec fougue et passion, avec l’entrain d’une jeunesse qui n’aurait probablement pas déplu au grand Johannes. Son piano est beau et vivace, sa sonorité claire. Ces vingt pièces ne sont pas chacune d’une redoutable difficulté. On y trouve cependant tous les pièges qui peuvent être tendus aux doigts du pianiste, en particulier les superpositions rythmiques chères à Brahms. Donc pour en aborder la totalité, il faut une technique d’une redoutable efficacité et flexibilité. Cela ne semble pas gêner le moins du monde  : tout est entendu, les lignes sont distinctes, les attaques et le toucher impeccablement nets, le phrasé limpide, le legato très beau et le rubato sans retenue.

Dès les deux premières pièces de l‘opus 116, le Capriccio en Ré mineur et le sublime Intermezzo en La mineur si contrastés, le ton et l’atmosphère sont donnés. Un intermezzo est un intermezzo, un Caprice ne se confond avec une Ballade. Ca avance sans à coups, sans surprise, même si peu à peu le piano de Vladar acquiert de la densité particulièrement dans l’opus 118 avant un 119 plus léger (Ah! les erreurs de numérotation dans les livrets sont insupportables!). Pas assez? Trop tard? Est-ce à cause de cela qu’on a parfois un sentiment mitigé? Il n’y a rien à dire et pourtant on a l’impression de ne pas être exactement là où l’on aurait envie d’être. Il manque quelque chose : peut-être ce presque rien, en couleur, en contraste, en profondeur de clavier qui fait Brahms. est viennois. Vienne est-elle encore imprégnée de l’esprit de Brahms? Ces opus ne sont pourtant pas plus viennois que hambourgeois. Non, ce sentiment curieux, c’est qu’effectivement, l’on s’est trompé de promenade. Au lieu d’arpenter les rues de Vienne, de Bonn ou de Hambourg, on visite Nohant. Est-ce grave, puisque c’est beau? Est-ce pardonnable puisque ce n’est pas vraiment Brahms?

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