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Rampollini, Et la douceur cruelle que nous avons au coeur…

On sait bien peu de choses à propos de ce compositeur florentin : Mattio (ou Matteo) Rampollini, en dehors du fait qu’il est contemporain de musiciens tels que Jacques Arcadelt, Adrian Willaert ou Philippe Verdelot (ce dernier qu’il côtoya vraisemblablement à Florence) et qu’il fut au service de Cosme II de Médicis dans les années 1530, composant même deux madrigaux à l’occasion des noces du duc avec Eleonore de Tolède, en 1539. Les œuvres, également de caractère et de style madrigalesques proposées ici, appartiennent à un recueil d’une cinquantaine de pièces, imprimées à Lyon dans l’atelier de Jacques Moderne, aux alentours de 1550 et réunies sous le titre générique de : Il primo Libro de Musica di , excellente musico fiorentino… Titre, où il est en outre précisé que les textes de ces « canzone » sont extraits d’Il Canzoniere de Francesco Petrarque, ce fameux Canzoniere qui suscitera par la suite, et jusqu’au Romantisme (et même au-delà), sur le thème de la poésie amoureuse, une multitude d’imitateurs, en Italie comme dans toute l’Europe. « Jardin secret » de Petrarque, la mythique Laure, aperçue (?) par le poète un jour d’avril 1327 en l’église Sainte-Claire d’Avignon, mais jamais identifiée, est au centre de tous ces textes ; obsessionnel objet de « délires » amoureux, elle y brille douloureusement… Par son absence.

La Fenice de Jean Tubéry nous proposait en 2000 un enregistrement consacré justement au Canzoniere, sous la forme d’un panorama d’une douzaine de compositeurs italiens – essentiellement du XVIIe siècle – inspirés par ces textes et sous le titre de L’héritage de Monteverdi. On y trouvait, entre autres, les noms de Gagliano, de Stefano Landi ou encore Sigismondo d’India, un compositeur à qui l’ensemble Poïesis consacrait, l’an dernier, son très remarqué et apprécié : « Voi’ch’ascolcate ». Mais on y chercherait vainement celui de Matteo Rampollini.

Les deux canzone choisies ici (recréation donnée en première mondiale) sont divisées en sept ou huit strophes chacune, traitées différemment selon leur caractère, leur « climat » spécifiques. La musique épouse au plus juste chaque nuance du texte ; voix et instruments, dans des formations variées évitant toute monotonie, composent une polyphonie d’un haut raffinement sonore et d’une rare sensualité dans ce registre. Les voix (émission, timbres, articulation) servent au mieux ces stances d’exquise langueur. Quant aux instruments : dessus et basse de violes, flûtes, cornet ou harpes, on ne peut que louer la technique et l’art consommés dont font preuve leurs interprètes. Si l’on ajoute à ces qualités celle, exemplaire, de la prise de son, l’agrément et l’originalité du boîtier, nous tenons là un enregistrement tout à fait recommandable à tout mélomane disposé, avec Petrarque, Rampollini et l’ensemble Poïesis, à célébrer les mille beautés et vertus de Laure, et à endurer, languide, son éternelle absence…