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Merveilleuse Lucy Van Dael

Ces douze sonates, publiées en 1700 à Rome, sont, pour moitié, des sonates « da chiesa », et pour l’autre, des sonates « da camera ». Les six proposées ici sont du premier groupe, bien que les numéros 3 et 5 se terminent par une gigue. Les mouvements lents sont d’une brièveté et d’une sécheresse surprenantes car l’exécutant devait les orner pour mettre en évidence ses capacités d’improvisation. Cela est avéré, grâce à Corelli lui-même, puisque ce recueil a été publié peu après 1700 à Amsterdam par Pierre Mortier et Etienne Roger avec cette mention : « Nouvelle édition où l’on joint les agréments des adagios de cet ouvrage, composé par M. A. Corelli, comme il les joue ». Mais l’art de Corelli est pour le violon beaucoup plus tourné vers le « cantabile » que vers la virtuosité sans pour autant négliger le contrepoint, de temps à autre. Ce que l’on trouve ici dans les allegro initiaux, généralement sous forme de fugue libre.

Merveilleuse car comment Corelli pouvait-il être mieux servi ! Sa maîtrise fabuleuse de l’instrument, alliée à un style d’une rare perfection, nous apportent ici un moment de bouleversante émotion. Le son est ample et d’une grande plénitude. Il chante dans les adagios et les allegro, danse dans les « Vivace » ou les « Gigues » finals. Les fugues sont aussi remarquablement construites. La beauté et la limpidité de l’interprétation vous emmènent loin, très loin… « L’accompagnement » de Bob van Asperen, surprenant à l’orgue dans les trois premières sonates – l’intitulé original est Sonate a violine e violone o cembalo – se fait léger et effacé – juste comme il faut – même si l’emploi du clavecin dans les trois dernières semble plus approprié.

La prise de son est exemplaire, avec une réverbération judicieuse pour un enregistrement réalisé dans une église. Les amateurs de violon baroque apprécieront, à sa juste valeur, le timbre, la couleur des cordes en boyaux, ainsi que l’absence de virtuosité acrobatique et envahissante qui, à l’époque de Corelli, faite de tâtonnements et d’innovations, ne pouvait triompher que lorsque la musique était au plus bas.

Les amoureux de cette immense artiste et du répertoire qu’elle sert, avec tant de bonheur, sauront apprécier ce CD qu’il est aussi nécessaire de vivement recommander aux autres. La carrière et la discographie de savent nous révéler la splendeur du violon baroque et nous éblouir. On attend avec impatience la parution des six autres sonates.