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Petites histoires du violon : Violon et sexualité

De la même manière que nous avons étudié le sentiment du sacré que peut générer le violon, nous allons nous intéresser à son rapport à la sexualité. Le potentiel érotique de cet instrument a par exemple été décrit par Tolstoï dans son roman La sonate à Kreutzer où il est tenu pour responsable de l’infidélité d’une femme. Dans un autre genre, Dominique Hoppenot, violoniste et pédagogue, parle du « violon et de l’archet faisant l’amour ».

Bons nombres d’éléments du violon ont une dimension sexuelle qui touche plus ou moins l’inconscient collectif. Sa forme tout d’abord, on la retrouve dans les figurines cycladiques datant du néolithique récent (-3000 ans avant Jésus-Christ). Celles-ci ont même été appelées « idoles-violon ». Cette silhouette qui évoque, a priori, le corps de la femme, est en fait associée à la représentation du triangle pubien (voir image ci-contre). Le corps et le sexe se confondent alors en une seule image stylisée. Viennent ensuite les ouies que l’on peut schématiser par deux traits parallèles sur la caisse du violon. On rencontre ce symbole dès la préhistoire et partout dans le monde. Il représente les deux lèvres vaginales. Quant au manche, sa forme même évoque celle d’un phallus. Puis vient la corde qui est aussi chargée de significations sexuelles. L’action de nouer, dans de nombreuses sociétés archaïques, est en rapport direct avec la castration. La tension et la détente de la corde d’un arc (musical ou pas) ne restent pas sans analogie non plus avec l’activité (érection ou pas) du sexe masculin. Les faits que nous venons d’exposer proviennent de travaux scientifiques sérieux mais sont évidemment tous sujets à caution. Le but n’est pas forcément d’y adhérer mais de s’en servir pour construire notre propre vision de l’univers érotique du violon. C’est pourquoi les lignes qui suivent ne pourront être considérées que comme un simple point de vue personnel.

Le jeu du violon rejoint l’acte sexuel. En frottant l’archet sur les cordes, l’effet recherché est de faire pénétrer le manche (phallique) et son extension que sont les cordes et le chevalet dans le corps de l’instrument, entre les deux ouies. Le manche est simultanément frotté et caressé par la main gauche. Cet acte se traduit par la vibration de tout le système et une production de chaleur due au frottement. Le son devient le témoin de l’acte. Nous pouvons alors conclure en disant que le son est au violon ce que le cri de jouissance est à l’orgasme !

Références bibliographiques

1. Emmanuel Anati « La Religion des origines ». Bayard éditions. 1999

2. Geza Roheim « La magie, l’animisme et le roi divin ». Payot. 2000.

3. Dominique Hoppenot « Le violon intérieur ». Editions Van de Velde. 1981

4. L’Art des cyclades dans la collection NP Gaulandris. Editions des Musées Nationaux. 1983

5. Jacques Bril « A cordes et à cris, origine et symbolisme des instruments de musique – Paris ». Clancier-Guénaud. 1980.

Crédit photographique : Figurine féminine en forme de violon – extrait du livre en référence 4