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Demi-finales, Le marathon Mozart

Concours Reine Elisabeth

Après une semaine de demi-finales, douze candidats ont été sélectionnés pour la finale qui aura lieu du 23 au 28 mai 2005 dans la salle du Palais des Beaux-Arts. Durant cette semaine de marathon, le public, très varié et de tout âge, a découvert ces jeunes artistes de demain qui orneront les pochettes de nos CD et dont les interprétations résonneront dans nos têtes encore bien longtemps.

Soulignons la performance de l’, qui s’est adapté à merveille aux différentes personnalités, les accompagnant et les soutenant dans l’exécution du concerto de Mozart. , tout à fait remarquable d’un bout à l’autre, insuffla à l’ensemble son dynamisme et son énergie, et tira ainsi le meilleur de l’ensemble.

Parmi les très nombreux concertos de Mozart, seuls cinq furent composés pour le violon. On comprend donc encore plus la difficulté pour l’orchestre de garder cette fraîcheur, bien nécessaire à l’exécution. A chaque représentation, l’ensemble avait la lourde tâche de maintenir l’attention du public, un peu blasé d’entendre et réentendre ces mêmes concertos. Fidèle à sa réputation, le compositeur de Don Giovanni donna bien du fil à retordre aux candidats. Sur les vingt-quatre exécutions, peu de candidats eurent la maîtrise technique suffisante et le style requis pour convaincre. Heureusement, le jury n’y a pas vu une épreuve éliminatoire ; et bien des finalistes ont saisi l’opportunité du récital pour imposer leur vision artistique et prouver leurs aptitudes musicales. Ce même jury ne s’est pas focalisé sur la maîtrise technique de l’instrument, mais a apporté une attention particulière aux nouvelles personnalités musicales que la sélection des candidats leur proposait.

Au coursdes récitals, chaque interprète nous proposa sa version de l’œuvre imposée, spécialement composée pour ces demi-finales, ainsi que la très jolie sonate d’ (répertoire trop longtemps oublié, au profit de pièces de concours qui étaient loin d’enthousiasmer la foule, comme cela a été le cas cette année). Les demi-finales sont, musicalement parlant, les soirées les plus passionnantes du concours : on y découvre tous ces musiciens de tempéraments différents dans un répertoire si varié. Durant les récitals, certains ont préféré présenter des œuvres délicates et fragiles, comme la Fantaisie de Schubert ou la sonate n°3 de Debussy ; d’autres ont misé sur la performance et la virtuosité éclatante avec la Fantaisie sur des thèmes de Carmen de Waxman mais également des compositeurs contemporains, comme Takemitsu ou Lutoslawksi. De très jolies versions du Poème de Chausson ont été également présentées.

Pour les finales, la variété du répertoire sera beaucoup plus limitée avec, contrairement aux éditions précédentes, un revirement de situation pour le choix du concerto imposé. Cette année, le premier concerto de Chostakovich sera présenté six fois alors que, durant toutes les éditions précédentes, il n’est revenu que huit fois – reléguant ainsi les grands concertos habituels au second plan. On peut se réjouir de ce changement de situation ; le public sera-t-il réceptif à ce concertodur et implacable, et à toute la sensibilité d’un Chostakovich soumis aux pressions du régime de Staline? Quelle difficulté pour ce compositeur (ainsi que pour tous les autres artistes de l’époque) d’exprimer ses pensées et ses souffrances, face à la censure imposée, et au double jeu du régime soviétique, au sujet de la position des artistes et de l’intelligentsia. Constamment sous pression, entre honneurs et désaveux, accusé de ne pas être accessible au grand public, Chostakovich fut humilié par un article paru dans la Pravda, intitulé : « un galimatias musical », etdémolissant l’opéra Lady Macbeth. L’article attribué à Staline ne manqua pas d’affecter et changer le cours de la vie de Chostakovich. Quelques années plus tard, le compositeur fut utilisé comme élément de propagande avec sa symphonie n°7 « Leningrad ». Espérons que ces jeunes musiciens comprendront toute la dimension d’une telle œuvre, et ne se contenteront pas d’une simple démonstration de virtuosité gratuite. Un autre revirement de situation est le retour de la sonate n°3 de Brahms, qui sera jouée par quatre des douze finalistes. Parmi les autres sonates présentes, on retrouvera la sonate en sol de Ravel, présentée trois fois, le Grand Duo en la majeur D 574 de Schubert, ainsi que Debussy et Beethoven.

Le concours pourra être suivi en streaming, à partir de la demi-finale, sur le site de la RTBF (www.rtbf.be) et sur les chaînes de télévisions et radios belges.

Lire notre affiche du 21 avril 2005

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