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Christoph Schaffrath Musik « Unter den Linden »

Les renseignements concernant le compositeur n’abondant pas, on retiendra cependant qu’il s’illustra quasi exclusivement dans la musique instrumentale. Habile à la flûte ou au hautbois (à l’instar d’un J. J. Quantz) aussi bien qu’au clavier ( postulant un temps au poste d’organiste de Dresde, il dut laisser la place à un certain W. F. Bach), il fait partie de ces musiciens constituant ce qu’on appelle « l’Ecole de Berlin » avec, entre autres noms connus, des personnalités telles que Johann Joachim Quantz (1667-1773), Johann Gottlieb Janich (ou Janitsch, 1708-1763), Johann Gottlieb Graun (1698-1771) et, naturellement, C. P. E. Bach (1717-1788). D’abord à la Cour de Frédéric II de Prusse, c’est au service de la sœur de ce dernier, la princesse Amelia, à Berlin, qu’il passe ensuite dès 1741 pour y terminer sa carrière.

Parmi son œuvre répertoriée (essentiellement pièces pour clavecin : sonates, duos avec accompagnement de flûte, de hautbois ou de violon, quelques symphonies et concerti pour clavier et orchestre), ont été rassemblées ici quelques pièces dévolues à la viole de gambe.

La viole de gambe, instrument de prédilection – avec le clavecin – de la musique baroque (tout particulièrement en France) laisse entendre, en cette seconde moitié du XVIIIe siècle, un « chant du cygne » qui va s’éteindre au XIXe pour, de nos jours, renaître de ses cendres, et de la belle façon que l’on sait. Il faut dire que les qualités reconnues à l’instrument (timbre, agilité, jeu d’archet) servent magnifiquement, à l’extrême fin du baroque, alors que s’esquisse déjà ce que sera le courant « classique », le style galant qui privilégie la séduction mélodique, le souci des contrastes, la variation ornementale au détriment de la richesse polyphonique.

Il en résulte ici une musique plaisante, souvent à mi-chemin du pur style galant et de cette Empfindsamkeit (littéralement : sensibilité) chère à C. P. E. Bach, musique de surcroît remarquablement bien enregistrée (sensible présence et parfait équilibre des deux violes, par exemple, dans le premier Duo).

Mentionnons aussi parmi les particularités de ces pièces la structure adoptée : elles sont toutes en trois mouvements : vif-lent-vif (à l’italienne) ou présentent un Adagio initial servant d’introduction ; mais on peut cependant s’étonner de la position centrale (sonate en si bémol) de l’Allegro, très enlevé et plaisamment roboratif, infiniment plus Finale que l’Allegretto qui suit. Très intéressante aussi est la sonate pour viole de gambe et clavecin obligé où, après un Adagio très chantant, tout empreint de cette Empfindsamkeit à la C. P. E., la viole et le clavecin se partagent l’expression virtuose (l’entrée de l’Allegretto final au clavecin seul permet au passage d’apprécier le jeu finement ciselé de Massimiliano Raschetti).

In fine, on ne peut que saluer l’initiative qui met en lumière un compositeur longtemps demeuré dans l’ombre ainsi que la belle réussite interprétative des œuvres choisies….