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Saint-Saëns, entre romantisme et académisme

(1835-1921) a largement occupé le devant de la scène musicale française tout au long de sa longue carrière. Pianiste très précoce et virtuose, organiste improvisateur réputé, compositeur souvent fêté, il a écrit pour tous les genres musicaux de son temps avec une particulière réussite dans le domaine orchestral. Il a laissé également de nombreuses partitions de musique de chambre où son esprit classique, malgré tout imprégné d’influences germaniques, s’est abondamment exprimé. Contemporain de Debussy et de Ravel, son art regarde plutôt vers le passé et sa maîtrise formelle exceptionnelle, son apparente froideur expressive laissent quand même s’exprimer, à l’occasion, de chaleureux sentiments et un romantisme cependant assez régulièrement bridé et muselé.

Le label Eloquentia dans cette sélection de pièces pour violoncelle et piano illustre à l’évidence les diverses facettes d’un compositeur oscillant entre des élans romantiques trouvés plutôt dans sa production initiale (n’oublions pas qu’il avait adulé dans sa jeunesse Liszt, Berlioz, Schumann et Wagner) et un académisme froid dominant dans la maturité. Pour notre plaisir et avec grand talent, deux artistes italiens, le violoncelliste et la pianiste , interprètes précis et engagés, défendent avec beaucoup de talent et de délicatesse leurs partitions. En dépit d’une qualité d’enregistrement très en deçà de la moyenne, on prend un réel intérêt à ces pièces pour certaines héritières du XVIIIe siècle (par exemple la Gavotte en sol mineur, opus posthume) dont la mission principale était d’alimenter un répertoire fort ténu à l’époque. Ainsi Saint-Saëns a-t-il à l’esprit ici l’amateur de salon, là le morceau virtuose destiné à briller en concert, ailleurs encore de proposer quelques bis sympathiques. La Suite opus 16 composée en 1862 affiche la volonté du compositeur de proposer au soliste une grande variété de styles et d’expression : Sérénade, Scherzo, Romance et Final. Quant à la Sonate opus 32 n° 1 en ut mineur (1872), elle connut un grand succès et consolida la place de Saint-Saëns parmi les maîtres de son temps. Si son premier mouvement, allegro, brille par sa parfaite forme sonate classique et ses deux beaux thèmes nettement opposés, le second, andante tranquillo sostenuto provient de sections improvisées antérieurement à l’orgue. La Sonate s’achève par un allegro moderato virtuose et lyrique à la fin.

Cette anthologie n’oublie pas un agréable et aimable hommage au fameux Carnaval des animaux avec la version originale du Cygne (pour violoncelle et deux pianos), célébrissime page que tout un chacun a forcément entendu et dégusté moult fois.

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