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Sylvia Sass : pour oreilles averties seulement

Il est souvent considéré comme vulgaire d’aimer, ou d’avoir aimé, la voix de , météore des années 70-80, qui s’est brûlée les ailes à la fréquentation de rôles trop lourds, dont elle avait la couleur mais pas nécessairement l’ampleur. Pourtant, comme la plupart de ces phénix, Sass possédait une voix fascinante, dotée d’un timbre sombre et chaud, d’un médium velouté et de couleurs parfois « callasiennes ». Ce n’était pas une hurleuse, elle possédait au contraire la science des piani éthérés, bien que montrant un engagement dramatique hors pair.

Le label Hungaroton, hongrois tout comme la chanteuse, ressort en CD son dernier récital, enregistré dans la deuxième moitié des années 80. Pour faire bonne mesure, il a complété avec des extraits de ses intégrales Verdi et de sa Medea sous la direction de , à l’époque directeur artistique de l’opéra de Budapest, et de son intégrale du rarissime Hunyadi Laszlo, opéra de . Tout ceci n’est aucunement précisé dans la plaquette d’accompagnement, muette sur les dates comme sur les provenances des extraits. Puisque nous en sommes au chapitre de la plaquette, saluons bien bas le traducteur, qui enfile les perles telles que : « Elle acheva ses études pendant 2 ans au lieu de 5 (…) En 1976 le soprano hongrois aussi chante dans l’opéra royale britannique (…) ce spectacle lui remporte la réputation mondiale pronostiquée plus tôt ». Un grand moment de fou rire.

Ce CD présente donc un panorama complet de la carrière de la soprano, de son premier enregistrement (Medea, 1978) à son dernier, soit une dizaine d’années. A la vitesse à laquelle la voix de la cantatrice s’est détériorée, il est bien évident qu’on y perçoit, de façon peu charitable, la dégradation vocale. Cependant on entend déjà insensiblement dans sa Medea et ses Verdi, tout à fait honorables, les problèmes à venir : vibrato incontrôlé, aigus criés et d’une justesse toute relative, ports de voix. Quelques années plus tard, le vibrato est devenu insupportablement envahissant, et les aigus au-dessus du fa arrachent la grimace, rendant son Adriana Lecouvreur insupportable. Sans vraiment de surprise, le meilleur de ses incarnations se trouve dans les emplois de soprano lyrique pur, ou son timbre charnu, ses piani raffinés, son intelligence dramatique dessinent une charmante Marguerite et une poétique Tatiana.

Tout dépend de ce que l’on attend d’un enregistrement. Certains feront la grimace face aux aspérités vocales, d’autres seront conquis par l’intelligence et l’engagement d’une interprétation, bien loin des chanteuses sages qui se contentent de chanter joliment toutes les notes.

A réserver à un public averti.

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