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Le centenaire de Michael Tippett

Klangbogen Vienne

Le festival Klangbogen aime investir les lieux inhabituels. Ainsi, chaque année, le Semper Depot de l’Académie des Beaux-Arts accueille une production d’opéra de chambre contemporain. Cette superbe salle triangulaire aux piliers en bois mais aux dimensions modestes offre une formidable proximité avec la scène. Cependant, faute d’une fosse d’orchestre, l’ensemble instrumental est placé sur les côtés alors que le public prend librement place sur plusieurs niveaux. L’édition 2005 nous propose en collaboration avec le Neue Oper de Vienne, une production de The Knott Garden de Michael Tippett dont on célèbre cette année le centenaire. Si les opéras de Benjamin Britten rentrent progressivement au répertoire des maisons d’opéras, ceux de Michael Tippett restent, en dépit d’une certaine proximité de sensibilité avec le maître d’Aldeburgh, une terre inconnue en dehors du monde anglo-saxon. The Knott Garden (1966-69) est souvent qualifié de Cosi fan tutte anglais. Certes, l’histoire présente sous certains aspects (la révélation et le dépassement des antagonismes des personnages et des couples sous l’impulsion de Mangus, sorte de Don Alfonso) des similarités avec le modèle mozartien, mais l’œuvre de Tippett connaît de nombreuses autres sources comme la Tempête de Shakespeare. Composée après un séjour artistiquement riche aux Etats-Unis, la partition cite le jazz et intègre la guitare électrique. Ecrite sans chœur, la partition pour grand orchestre fut ensuite réduite pour un ensemble de chambre de 22 musiciens. Afin de faciliter la compréhension du public dans une salle qui ne permet pas l’utilisation du sur-titrage, l’œuvre est traduite en allemand. Ce procédé est certes louable, mais chez Tippett comme chez Britten la musique répond aux mots.

En plus de ce handicap, la réalisation musicale ne fut pas à la hauteur de l’ambition et de l’œuvre. Le principal fautif est le chef d’orchestre Walter Kobéra. Sa direction sèche et anémique prive l’œuvre de la tension et de la progression dramatique nécessaire avant le «happy-end» final. Ce défaut est mis en évidence par la disposition de l’orchestre par rapport aux voix, et on ressent la fâcheuse impression d’entendre un dialogue avec accompagnement musical. Les chanteurs brillaient plus par leurs qualités d’acteurs que par leurs talents vocaux. Tous sont engagés et possédés par leurs rôles. Dans cette optique il faut saluer les prestations de la jeune Rebecca Nelsen en Flora et de Alexander Kaimbacher en Dov. Vocalement, ces artistes plafonnent vite et deviennent incompréhensibles dans les passages d’ensemble et les nombreuses scènes de folie. La mise en scène du jeune Wally Sutcliffe, dans un décor unique de loft luxueux, est correcte et elle sert bien l’action tout en utilisant les ressources du Semper Depot. Un spectacle plutôt décevant pour une œuvre que l’on aimerait entendre dans d’autres conditions artistiques.

Crédit photographique : © Armin Bardel

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