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Quatuor Vogler au Festival de l’Orangerie 2005

Les musiciens allemands du Quatuor Vogler, tous issus de l’Académie Hanns-Eisler de Berlin, ont fondé leur formation en 1985. L’art du Quatuor leur a été enseigné par E. Feltz, alors professeur des deux violonistes. Depuis leur éveil international en 1986 où ils remportent le Concours d’Evian, la formation enseigne à son tour intensément et effectue régulièrement des tournées dans les principales capitales de la musique. Les musiciens consacrent, en parallèle, une grande partie de leur temps aux enregistrements discographiques d’œuvres de Beethoven, Debussy, Chostakovitch, Brahms, Schumann, Bartòk, ou encore Ravel et Reger. Aurélien Sabouret a, quant à lui, étudié le violoncelle au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et s’est ensuite perfectionné à l’Université de Boston aux Etats-Unis, sous les conseils du violoncelliste Andrès Diaz. Il occupe, depuis 2001, une place au sein de l’Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach. Bien que les Vogler soient très attachés à la défense du répertoire contemporain, le programme du concert de l’Orangerie restait très « classique » en proposant des œuvres issues du répertoire fin XVIIIe – début XIXe siècle.

La première œuvre proposée était le Quatuor op. 77 n°1 de Papa Haydn – véritable premier Maître du quatuor à cordes. Ce Quatuor – très mélodique – résulte d’une commande du Prince Lobkowitz parue avec l’opus 77 n°2 en 1799. Les Vogler nous offre un premier mouvement chaleureux et magnifiquement emmené par le premier violon chargé du thème en rythme de marche. On remarquera la précision des dialogues, l’équilibre et la richesse en couleur d’une formation qui exprime pleinement sa maturité. Après un deuxième mouvement expressif, parfois comparé à la première des Sept dernières paroles du Christ de Haydn, le quatuor attaque un des scherzo les plus réussis du compositeur. Un seul bémol concernant l’indication presto qui ne semblait pas suffisamment respectée. Le dernier mouvement confirmait la perte d’engagement du début car il aurait certainement demandé un peu plus de « flammes ». Mais il faut avouer que le Quatuor Vogler respecte en très grande partie le vœu du compositeur qui tenait à ce que l’exécution de ses compositions (ses quatuors surtout) ne soient sans grand son, ni grand archet, mais jouées avec la nécessité d’une douceur continuelle… Le Quintette op. 11 n°5 de Boccherini permet à Aurélien Sabouret de se joindre au Quatuor. Boccherini, non moins novateur que Haydn dans le genre avec cent quatre réalisations a pour sa part écrit cent vingt-cinq Quintettes, genre que Haydn lui-même avoua ne pas vraiment savoir maîtriser. L’œuvre, malgré toute la grâce et l’élégance du style de l’italien ne semble correspondre à la grande sensibilité allemande du Quatuor et ne peut lui donner entière satisfaction. La part importante des violoncelles (Boccherini lui-même violoncelliste) nous fait découvrir la bonne complicité des deux violoncellistes et mettent en avant leur virtuosité. On remarquera un très grand lyrisme du premier violon, en particulier dans le fameux menuet grâce auquel ce Quintette doit toute sa célébrité. La conclusion se faisait par l’exposition du Quintette en ut de Schubert – monument de la musique de chambre. Cette œuvre profonde, remplie d’humanité et pleinement maîtrisé par son auteur, semble avoir été composée dans la dernière année de vie du compositeur. S’inspirant du Quintette en ut majeur (K 515) de Mozart – alors véritable maître dans le genre avec ses sept Quintettes pour deux altos – Schubert choisit, pour sa part, de doubler le violoncelle, dont les caractéristiques musicales s’approchent plus de la voix humaine. Ici l’ensemble est clairement dans son univers, les contrastes sont saisissants, en particulier dans le premier mouvement qui contient une des plus belles mélodies de toute l’histoire de la musique. Le deuxième mouvement qui évoque une grande méditation funèbre et qui est au cœur de l’œuvre a fait son effet habituel. Pour le reste, malgré de légers relâchements, le quintette a donné l’impression d’une grande précision, d’un équilibre quasi parfait, sachant bien alterner les passages calmes avec les passages orageux. Il a su donner à ce bouleversant Quintette une dimension quasi orchestrale.

On félicitera Aurélien Sabouret d’avoir su s’associer pleinement avec le Quatuor Vogler.

Crédit photographique : © Kasskara