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Michelangelo Rossi, la grâce et l’audace

Tout d’abord, saluons la qualité de l’instrument du présent récital : un clavecin magnifique copie Fleig d’un Giovanni Battista Giusti 1681. Ensuite, surtout, l’interprétation, posée et sage, qui sait captiver grâce à la maîtrise de l’art si difficile de la sprezzatura (ralentir et accélérer suivant les affects). a une connaissance subtile de l’harmonie, une élégance du jeu qui sert idéalement la grâce de Rossi tout en soignant d’un autre côté, une carrure solide et pondérée qui plaira à ceux qui n’aiment pas les excès.

On aime ce jeu lumineux, plein de charme, qui ressuscite la facture parfaite du compositeur. Un discours expert en climats choisis : plaisir serein de l’alternance Toccata-Corrente, à peine mâtinée de quelque ciaccone (notamment celle de Storace) ou d’une partite sopra La Romanesca. Quant à l’audace, elle affleure chez de temps en temps, surtout dans la célèbre Toccata settima (à entendre absolument), chromatique, comme héritée de l’art fou d’un Gesualdo ; ou bien dans la rauque passacaille de son homonyme, Luigi Rossi, copiée dans le manuscrit Bauyn par la main d’un Couperin.

Plus on avance dans le disque plus la France se fait entendre d’ailleurs, un rien dans la Corrente decima puis franchement dans la toccata en Fa Majeur manuscrite, proche de Froberger, et surtout la Toccata en ré mineur manuscrite : nous ne sommes pas loin de passer le flambeau à Louis Couperin. Que Rossi soit un émule de Frescobaldi, qu’il eût fait, comme on le dit, quelqu’œuvre plus pâle avec son livre de 1640, n’est pas vrai. L’écoute de ce disque le prouve : chez Rossi, la toccata se fait plus nette, toute de sections tranchées, perd peut être en foisonnement mais gagne en classicisme. Son œuvre est un visage indispensable de ce temps, une transition véritable entre le Maître et Froberger.