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Le Lac des Cygnes à la Scala

Deux ingrédients parfaits sont à l’origine de la belle réussite de ce DVD, la sublime et un altier . Des propos laudatifs sont à émettre et à chaque visionnage se défend encore l’impossibilité de pouvoir argumenter pour quelles raisons nous sommes conquis par ce couple radieux et mélancolique à la fois. On peut ne pas apprécier l’actuel travers des hypers-extensions extrémistes pour n’importe laquelle des arabesques penchées ou des développées à la seconde, que notre Odette-Odile ne cesse de déployer, cela peut se justifier, et c’est ainsi depuis suffisamment longtemps pour que cela soit toléré. Néanmoins, on pardonne tout à cette artiste qui met toute son âme à donner vie à un animal aux prises avec les maléfices du sordide Gianni Ghisleni en Rothbart. Tout est amené avec de splendides ports de bras, hypnotisants, divins, venus d’on ne sait exactement où, incarnation du cygne, mais sûrement pas être humain, tant il y a de naturel, de musicalité et d’intégration de la danse en tant qu’art censé figurer les sentiments humains au moyen de procédés surhumains. Mlle Zakharova possède les deux visages du rôle, aussi bien dans le second acte, cygne blanc virginal face à la sublimation de l’amour, que dans le troisième acte, cygne noir incandescent face à l’amour sauvage. La technique est maîtrisée de bout en bout, et l’émotion est entière face à un tel dévouement d’une véritable déesse vis-à-vis de son art. Quant à , s’il n’est un Prince parfait, il convient de dire que c’est un Prince très honorable, qui convainc plus par sa beauté plastique, sa superbe et son hiératisme que par l’excellence de sa danse, parfois un peu raide, et manquant un peu de lié. C’est toutefois la précipitation et l’urgence avec lesquelles il possède son rôle qu’il autorise la naïveté du personnage. Mention spéciale pour la sculpturale Sabrina Brazzo en Princesse (au premier acte), et surtout pour le primesautier Antonino Sutera en bouffon, sautillant à souhait, et qui permet un certain équilibre comique avec l’action tragique du ballet. Le corps de ballet ne démérite pas, il aurait certes gagné à quelques meilleures coordinations. Les costumes sont heureusement éloignés de ce que l’on a pu endurer dans la même version du Lac, à Paris il y a quelques années, capté et édité en DVD (chroniqué sur ResMusica), et sont chatoyants, ainsi que les décors, tour à tour bucoliques, ombragés, et enfin véritablement royaux. La réalisation du DVD est bien construite (un bonus de quelques minutes permet même de rentrer dans les studios de répétition), mais l’orchestre est parfois lointain. L’initiative de commercialiser cette féerie est louable, mais la version de référence manque toujours, on est en droit d’attendre à ce que les danseurs russes nous fournissent légitimement un Lac parfait, à l’image de , toutes les captations jusqu’alors n’emportant guère d’approbation complète.