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Une Belle au Bois Dormant au Bolchoï… endormante

On ne sait quelle véritable logique y a-t-il à ressortir toutes les archives du Bolchoï, en DVD, à une cadence aussi soutenue, pour contraindre le (télé)spectateur à assister à de moyennes performances d’une compagnie qui n’était alors que l’ombre d’elle-même. Il est indéniable que la joie de danser est toujours très grande dans les témoignages de la fin de l’ère soviétique, mais souvent, la technique fait cruellement défaut aux interprètes et ne permet pas l’exploitation maximale de ce que la chorégraphie peut offrir.

La moins à incriminer est , qui s’en tire correctement, sans inciter à une adhésion totale et permanente, mais elle sait obtenir d’agréables lignes, et une relative pureté d’exécution ne nuit pas à la caractérisation du rôle, dont il est si facile d’en révéler le côté mièvre, souvent par imprudence ou immaturité artistique. Qu’elle n’ait déjà pas ce défaut est suffisamment remarquable pour qu’il soit à signaler.

Malheureusement, les hommes font baisser le niveau de la qualité de la soirée, et c’est avec fatalité que l’on subit un Aleksei Fadeyechev en un médiocre Prince, qui, s’il accomplit le strict minimum, n’en est pas moins insupportable tant par son côté brouillon que par la manière si peu noble qu’il a de se mouvoir. Ce n’est pas l’Oiseau Bleu de cette soirée qui arrange l’impression d’amateurisme, à qui l’on a dû apprendre à sauter haut, mais à qui l’on a dû oublier de dire que cela ne suffit pour danser (et notamment que les entrechats, si présents dans la variation de l’Oiseau Bleu, ne doivent pas être effectués avec une hanche qui baille, mais avec un maintien constant du segment thoraco-abdominal). Maria Bilova, en Princesse Florine, est en revanche une agréable retrouvaille après ce qu’on a pu voir de ce qu’elle faisait du rôle de Clémence dans une Raymonda récemment rééditée (chroniquée sur ResMusica). Et enfin, une Fée des Lilas bien conduite par Nina Speranskaya permet d’adoucir la rudesse des partenaires masculins, bien peu attentifs à leur partenaire.

Les costumes sont d’un laborieux kitsch et ont bien du mal à départir du conte pour enfants, et l’on a toujours affaire à une histoire de poupées plutôt qu’à une métaphore du passage de l’enfance à l’état d’adulte. De tristes décors, une lumière bien peu présente et assez lassante (nous ne pensons pas que cela servirait à cacher les imperfections de ce que font ceux qui sont sur scène, mais cela empêche de voir les choses intéressantes qui pourraient affleurer leur gestuelle mécanique), une pantomime parfois réalisée de manière gauche accentue le manque de crédibilité de ce ballet qui a passé la barrière de notre attention et peut être attend-on même du spectateur le même assoupissement que celui de la Belle.