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Fantastique King Arthur au Festival de Salzbourg 2004

Fantastique évènement DVD que ce King Arthur de Purcell, représenté lors de l’édition 2004 du Festival de Salzbourg, dans la grandiose salle baroque du Felsenreitenschule construite en 1693, deux ans après la création du chef-d’œuvre de Purcell, au Dorset Garden de Londres.

King Arthur est le premier des « masques » composés par Purcell, en collaboration avec John Dryden, un genre tout à fait original et propre à l’activité musicale et artistique de l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle, qui mêle à la fois théâtre, danse et musique. Il ne s’agit donc pas d’un opéra ; l’intrigue principale, l’action dramatique se déroule dans les scènes parlées. La musique, elle, outre l’ouverture introductive, les interludes et les danses se charge de traiter principalement les scènes allégoriques, sous la forme de tableaux musicaux ; inventive et délicieusement inspirée, surtout dans les chants et les chœurs, elle semble révéler le sens plus profond de l’action théâtrale.

L’œuvre dans son ensemble est construite autour d’une histoire d’amour ; Arthur, roi des Bretons, est épris d’Emmeline, la belle aveugle. Mais la même Emmeline est convoitée par Oswald, le roi des Saxons… L’histoire d’amour forme donc le noyau central de l’œuvre, mais la rivalité qu’elle provoque symbolise surtout la lutte entre les Anglais et les Saxons, et par-là même toutes les différences qui les opposent. La bestialité, l’archaïsme, le caractère guerrier, sauvage et barbare des Saxons fait nettement contraste avec le civisme et l’élégance nettement plus marquée des Bretons. La magie et la divinité sont aussi largement présentes dans l’intrigue, personnifiées par divers esprits, dont le célèbre enchanteur Merlin…

Cette adaptation de King Arthur au festival de Salzbourg 2004 est un véritable festin pour les yeux comme pour les oreilles. Ce qui surprend d’abord c’est la modernité frappante de la mise en scène, les innombrables anachronismes, mais également le jeu très expressif, très libre des acteurs et des chanteurs. Plus surprenant et plus audacieux encore sans doute, les chorégraphies parfois inspirées des comédies musicales d’aujourd’hui! Les puristes crieront sans doute fort au scandale face à toutes ces prises de liberté, et s’arracheront à coup sûr les cheveux lorsque au finale de l’acte V le ténor Michael Schade s’empare du micro et se transforme en super rock-star pour chanter « Your hay it is mow’d », glissant des genoux sur la scène et conviant le public à reprendre en chœur le refrain, le tout avec le renfort des percussionnistes du Concentus Musicus dirigé par Nikolaus Harnoncourt… Ce dernier participant d’ailleurs lui-même comme acteur dans l’intrigue ; ainsi se fait-il interpeller par Merlin qui descend des cieux sur sa planche à voile, ou par les esprits Philidel et Grimbald qui lui supplient de jouer du Schubert, du Tchaïkovski ou du Stockhausen, se promenant entre les musiciens… Tous les musiciens portent des bonnets en laine lors de la scène du froid, où surgissent par ailleurs des pingouins dont un se laisse glisser sur la banquise, tous entonnant la mâchoire tremblante le fameux chœur du froid. Il faut aussi faire remarquer que l’orchestre est disposé dans une sorte de cavité au centre même de la scène, et se retrouvent donc fréquemment au milieu de l’action dramatique.

Rappelons aussi contre les traditionalistes d’aujourd’hui, qu’à l’époque des masques à la fin du XVIIe siècle, le public londonien était friand des effets scéniques exagérés et des surprises. On insistait beaucoup sur l’aspect visuel et spectaculaire de l’action. Pour Nikolaus Harnoncourt, ce King Arthur fait figure de « première comédie musicale de l’histoire ». Et il est évident que c’est ce que le chef autrichien a voulu faire ressortir dans cette production à laquelle il a d’ailleurs largement participé.

Une chose est sûre, c’est que l’on ne s’ennuie pas tout au long de ce « spectacle » avec musique, danse et théâtre, bourré d’humour, de surprises, d’audace et de provocation …

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