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Leonard Bernstein par Marin Alsop à Bournemouth

Le débat consistant à se demander où se situe l’art de ne s’est pas encore épuisé. Ses origines familiales et la multiplicité de ses sources musicales contribuent largement à compliquer la problématique qui, somme toute, n’exige peut être pas de réponse univoque et définitive. On pense au parcours d’un George Gershwin qui admirait et enviait Maurice Ravel, lequel lui conseillait sagement de n’être que lui-même. De fait, Bernstein véhicule pêle-mêle et souvent génialement ses racines russes, sa connaissance approfondie de la musique sérieuse européenne, le melting-pot gershwinien, la comédie musicale, les idéaux les plus nobles et certaines trivialités revendiquées un peu à la manière d’un Gustav Mahler, voire d’un Chostakovitch.

Le présent volume édité par Naxos propose trois partitions dont on notera d’emblée l’oscillation permanente entre spontanéité rythmique et maîtrise du discours, entre respect du passé et implication débridée dans la modernité (sociale plus que sémantique), d’où la validité du qualificatif de musique hybride. C’est dire que ces trois œuvres ne lèveront nullement cette ambiguïté fondamentale et quasiment constitutive de l’œuvre de Bernstein. La Sérénade pour violon soliste, cordes, harpe et percussion (1954), inspirée par le Banquet de Platon, penche davantage pour une atmosphère pastorale dans les premier et quatrième mouvements (Lento : Allegro et Adagio) et privilégie le travail sur le rythme dans le dernier volet, Molto tenuto : Allegro molto vivace. Dans Facsimilé, Essai chorégraphique pour orchestre (1946) le compositeur adhère aux mêmes valeurs et convoque l’orchestre pour un voyage curieux et inusité, parfois attachant, parfois agaçant.

L’Orchestre Symphonique de Bournemouth sous la direction de réussit à servir ces irrésolutions et tergiversations avec un sens aigu des désirs du compositeur qui réitère la démarche dans son Divertimento pour orchestre plus tardif (1980) en sept mouvements variés et particulièrement travaillés au plan de la diversité rythmique. Un complément intéressant au massif essentiel que constituent les trois symphonies (1942-1957), la comédie musicale West Side Story et l’opérette Candide pour ne citer que les sommets les plus saillants d’une production généralement brillante et dispensatrice d’heureuses surprises et de moments inspirés.