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Ta bouche de Maurice Yvain, Champagne pour tout le monde !

Idée judicieuse que de faire paraître pour les fêtes de fin d’année 2005 le DVD du spectacle qui a été le grand succès public de fin 2004! En effet, l’opérette, ou devrait-on dire, la comédie musicale Ta Bouche, après avoir attiré les foules au théâtre de l’Athénée puis à celui de la Madeleine, a été nominée aux Molières 2005, et obtenu le prix SPEDIDAM du meilleur spectacle musical.

Il fut un temps où ce genre de spectacle Années-Folles (Ta Bouche date de 1922) traînait une réputation de ringardise absolue. Par quel miracle celui-ci a-t-il transformé en réussite totale? Avouons tout d’abord que la musique de est fort bien faite. Comme le disait Ernest Reyer : « fredonner un motif de l’œuvre qui se joue pour la première fois, c’est la joie du public qui sort, c’est l’espoir du public qui entre », ce qui semble avoir été la politique de . Les airs, entraînant et faciles à mémoriser, mettent le sourire aux lèvres, et nombre d’entre eux courent tout au long des trois actes, accentuant l’effet de reconnaissance…Et l’envie de fredonner! Le livret, peuplé de comtes ruinés, de domestiques et de cocottes, raconte l’histoire de deux tourtereaux que leurs parents sans le sou essaient de marier à de riches héritiers, et a beaucoup vieilli. Mais à force de prendre de l’âge, il est passé de l’autre côté : celui où l’aspect désuet perd son image ringarde pour devenir attendrissant, voire nostalgique. De plus Stéphan Druet a conféré à sa mise en scène une certaine distanciation, faisant régulièrement dialoguer les acteurs-chanteurs avec le régisseur pour obtenir des précisions ou remettre en cause certains effets. Il met également tout en œuvre pour faire pétiller le spectacle, avec notamment des chorégraphies (Alma de Villalobos) enlevées, et dansées avec toute l’implication possible, par des protagonistes dont ce n’est pas le métier premier. En revanche, le décor unique, censé représenter trois hôtels distincts dans trois stations balnéaires différentes, est un peu triste, mais fonctionnel. La réalisation tente de s’affranchir des contraintes du théâtre filmé en multipliant les angles de prise de vue : à partir de la salle, des coulisses, de la cabine du régisseur, de la fosse d’orchestre, d’en haut…Saluons l’intention. Le chef dirige avec le sourire aux lèvres et la chanson à la bouche, une réduction pour onze musiciens due à Thibault Perrine, et rend parfaitement justice à la légèreté de l’œuvre.

La jeune troupe des brigands se démènent pour donner une atmosphère festive au spectacle : jouant, dansant et chantant avec conviction, faisant preuve d’un dynamisme allègre et d’une grande aisance scénique. et font montre un abattage étourdissant, Les métamorphoses d’ de nunuche en cocotte, et de , de fils empoté et soumis en cocu de service, sont particulièrement réjouissantes. Le seul reproche à adresser, particulièrement aux dames, concerne la qualité de la diction. Dans une œuvre comme celle-ci, on devrait comprendre chaque mot, réagir à chaque allusion grivoise, or la prononciation, surtout celles des trois ravissantes gourdes (Alma de Villalobos, Camille Slosse, ) est quelque peu pâteuse. La réalisation s’en serait-elle aperçue, pour proposer des sous-titres en français?

Bonus original au DVD, un karaoké sur quatre chansons extraites de la partition.

Après nous avoir amusé il y a deux ans avec le Docteur Ox, l’an dernier avec Ta Bouche, le nouveau spectacle des brigands s’intitule Toi c’est moi et se donne en ce moment au théâtre de l’Athénée.