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Agrippina, en attendant Mac Vicar…

Agrippina, opéra de jeunesse de Haendel, finit l’histoire là où commence le Couronnement de Poppée de Monteverdi. Tout aussi amoral, ne présentant que des personnages mus par l’ambition ou la luxure, récit d’une course folle au pouvoir, il présente des héros tous plus antipathiques les uns que les autres…et d’autant plus fascinants!

On espérait passionnément une captation DVD de la production intelligentissime de David Mc Vicar à la Monnaie et au TCE, c’est un spectacle de 1985 à Schwetzingen qu’Euroarts nous propose. Cela dit, la première aurait-elle pu exister un jour sans des précédents illustrés de façon classique, vingt ans auparavant?  délivre en effet une mise en scène tout à fait traditionnelle et illustrative, située, d’après les décors et costumes, pendant la période napoléonienne, époque se rapprochant le plus de l’esthétique de l’antiquité romaine. Parfaite lisibilité de l’action.

Cependant, l’année 1985 n’est pas le début de l’ère baroque, et même si on a fait appel à l’un des spécialistes de l’époque, Arnold Östman, dont les London Baroque Players possèdent un son véritablement somptueux, il semble à l’écoute de ce DVD qu’on en soit encore à la préhistoire du genre! Ainsi, de la suppression d’un air à l’abandon d’un da capo, en passant par la coupure d’une scène mineure, il manque environ une heure de musique! Péché véniel en comparaison de l’attribution des rôles écrits pour des castrats à des tessitures masculines chantant en voix de poitrine : Nerone, ténor, Ottone baryton et Narciso, indéterminé.

, tenante du rôle titre, est une bonne actrice, possède de solides notions de style et une agréable technique, tout comme la charmante et flûtée Poppea de Janice Hall. , dont nous avions honni le timbre disgracieux récemment, est parfaitement dans son élément dans un répertoire où le charme n’est pas la vertu première, ébouriffant de virtuosité et d’aisance scénique. On le sent néanmoins à la limite de ses moyens dans son dernier grand air. Malheureusement, à part ces trois interprètes, les autres ne semblent pas avoir d’idée vraiment précise de ce qu’ils chantent, qu’il s’agisse du wagnérien Günter von Kannen, traitant son personnage de façon uniformément comique et ridicule, de l’Ottone de , pensant qu’il interprète du Bellini, et d’autant plus décevant qu’il avait laissé une impression favorable dans Il matrimonio segreto, ou de l’abominable Narciso d’Eberhard Katz. Une chance, le rôle de Lesbo () est si coupé qu’il ne laisse paraître que sa verve scénique!

En d’autres termes, un DVD pas franchement indispensable, mais il n’en existe qu’une autre version vidéo (Malgoire chez Dynamic, captées lors de la série de représentations suivie pour ResMusica par notre confrère Richard Letawe), alors, en attendant mieux, pourquoi pas?

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