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L’art de la transmutation des sons

I Musici

Cordes brûlantes et griffes algides sur l’arête acérée du violon, le coup d’archet de souffle le chaud et le froid au cœur des émotions. Colonne élancée en une longue silhouette vêtue de noir, le personnage n’a pourtant rien de dantesque. Le regard toise l’orchestre, faisant souvent dos au public, un sourire, quelques coups de tête, un certain détachement avec ce brin de futilité distinguée, il apparaît sur scène, tel un monolithe enté à son instrument, jetant des flammèches de soufre jusqu’à la désincarnation des sons, flûtés, fluides, aériens. C’est l’art de la démesure, dans un maelström étourdissant, électrisant de notes ; c’est l’artifice du funambule qui gère les risques sur les bords escarpés de la virtuosité.

Le programme comportait, en première partie, la Symphonie pour cordes et timbales (1962) d’. L’influence de Bartok est palpable. Dans tous les mouvements, on peut y déceler la même volonté de créer, – à partir de certains thèmes folkloriques arméniens – la fusion entre musique populaire et forme savante. Était-il nécessaire de bisser le dernier mouvement ? Après l’entracte, l’orchestre I Musici, cette fois-ci, en compagnie du jeune violoniste , interpréta Concertante no. 1 d’Otto Joachim. Les deux mouvements comportent d’énormes difficultés, et pas seulement pour la partie violon. On comprend le soliste de jouer devant sa partition. Retenons dans le second mouvement, une rythmicité frénétique qui demande une grande maîtrise aux percussions tenues par l’excellent . Il y avait aussi une surprise dans la salle. Le compositeur Otto Joachim est monté sur scène saluer le jeune virtuose. Il aurait pu en faire autant pour le percussionniste.

Mais c’est bien évidemment dans le Deuxième Concerto pour violon de Paganini, la célèbre Campanella, que les oreilles des mélomanes se sont dressées. Débarrassé de son lutrin, abandonnant toute bride à son violon, l’artiste laisse libre cours aux envolées cristallines, exposant en un savant calcul logarithmique, toute sa dextérité. Prodigieux instrument dialoguant avec l’orchestre, David Garrett joue sur un Stradivarius San Lorenzo daté de 1718. Tel un alchimiste, il impose à son instrument de transmuter la musique en or.

Pour une première au Canada, David Garrett a su combler toutes les attentes des mélomanes. Forte personnalité musicale, il a la passion du jeu virtuose. À l’instar de l’épitaphe gravée sur la tombe de Nicolo Paganini, David Garrett sait tirer de son violon, «les harmonies divines». En rappel, deux Caprices de haute voltige du même compositeur.

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