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Prometteuse jeunesse

Così fan Tutte de Mozart

Les pages de ResMusica risquent de se couvrir de critique de Cosi fan Tutte tant, en cette année de commémoration du 250e anniversaire de la naissance de Mozart, maints directeurs de théâtres lyriques se limitent à la programmation à ce qu’ils semblent reconnaître comme le « seul » opéra du maître de Salzbourg. En effet, Zürich, Lausanne, Lyon, Toulouse, Bruxelles, Reggio Emilia et combien d’autres ont tous à leur programme une production de Cosi fan Tutte ! Devançant (presque) tout le monde, l’Opéra-Théâtre de Besançon nous fait vivre sa conception de l’œuvre mozartienne en piochant quelques éléments de sa distribution dans le panier de leur troupe nouvellement constituée. Et avec une certaine réussite!

Certes la mise en scène est très conventionnelle, sans grande imagination, avec quantité de « déjà vus », mais l’intrigue elle-même ne permet pas de miracles. A moins de posséder de grands moyens, les « revisitations » de mises en scènes traditionnelles se sont souvent soldées par des échecs. Cette relative pauvreté scénique est largement compensée par une direction d’acteurs admirablement conduite. Tirant de chacun ce qu’il peut donner, les metteurs en scène et réussissent à très bien caractériser les personnages de cette « albanaiserie ».

Le peu de profondeur de la scène de l’Opéra Théâtre de Besançon, montre constamment les chanteurs en « gros plan ». Le jeu théâtral prend ici toute son importance. Le talent des uns, l’inexpérience des autres font rapidement surface. Belle école de théâtre que cette scène! Les voix les mieux préparées ne sont pas forcément les personnages les plus crédibles. Si l’habileté vocale incontestable de Karen Vourc’h (Fiordiligi) lui permet de survoler le rôle avec une belle aisance, ses couleurs vocales assez uniformes impriment froideur à un personnage qu’on espère plus expansif. Cette « première de classe » devient vite ennuyeuse. A l’opposé, bonne comédienne, Gemma Coma-Alabert (Dorabella) campe une pétillante et insouciante jeune fille dans l’esprit de l’intrigue. Sa prestation vocale reste de haut niveau (quelle admirable diction!), la fatigue finira par vaincre son instrument, le phrasé se faisant court et moins legato au court du dernier acte. Incontestable reine du plateau, la soprano géorgienne (Despina) est une désarmante meneuse de jeu. Grâce à sa préparation vocale de premier ordre, la jeune soprano se permet un abattage époustouflant. Et elle ne s’en prive pas. Du côté des messieurs, si le ténor (Ferrando) fait preuve d’une belle assurance, il doit encore s’ingénier à tenir la distance de tout un opéra car, lorsque la fatigue se fait sentir, il a tendance à chanter du nez. Cette prometteuse jeunesse de la Jeune Troupe d’Opéra profite de la présence d’artistes associés agissant en véritables catalyseurs artistiques. La faconde vocale du baryton Philippe Rabier (Guglielmo) en est la démonstration vivante. Très à l’aise dans ce rôle qu’il domine, il tire avec lui ses partenaires, les forçant à se surpasser. Dans cette équipe de jeunes talents nouvellement formée, la déception vient du baryton-basse Kyung Il Ko (Don Alfonso) qui se projette comme un vilain. Son chant heurté et constamment forcé laisse apparaître un personnage dur et outrageusement sévère, certainement pas en rapport avec les canons de l’intrigant voulu par da Ponte et Mozart.

Depuis la fosse, le jeune (29 ans) chef anglais dirige à grandes embrassades un orchestre baroque issu de l’Académie d’orchestre de l’Opéra de Besançon. Un orchestre répondant au désir de l’opéra de Besançon de présenter l’intégralité des opéras de Mozart dans une approche stylistique du XVIIIe siècle. Pour une première expérience, malgré quelques petites imprécisions et un son qui manque encore d’homogénéité et de caractère, sa prestation s’est avérée d’un bon niveau.

Crédit photographique : © Yves Petit