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Mikhaïl Pletnev dirige Chostakovitch : L’Histoire sonne deux fois

La décrépitude des multinationales en matière de musique symphonique pousse vers des « petits labels » des artistes anciennement sous contrat avec des majors de l’édition phonographique. Nous retrouvons ainsi le pianiste et chef d’orchestre et son , transfuges de Deutsche Grammophon, chez le label néerlandais Pentatone pour un hommage à par le biais de sa Symphonie n°11 « 1905 ». Longtemps dénigrée en raison de son programme idéologique, la partition commence à s’imposer au concert et au disque. Composée en 1956-1957, cette pièce d’une durée d’un peu plus d’une heure pose de redoutables difficultés au chef d’orchestre qui doit gérer la progression dramatique sans tomber dans le pompier ou l’ennuyeux. Bien interprétée, cette musique est l’un des sommets de la production de Chostakovitch : le premier mouvement, d’une économie de moyen sans égal, est unique, le troisième respire la liberté et l’espoir tandis que les seconde et quatrième parties anéantissent tout sur leur passage. Si l’on se réfère aux toujours très controversées Mémoires du compositeur éditées par Solomon Volkov, l’artiste aurait voulu rendre un hommage aux victimes de l’intervention de l’Armée Rouge en Hongrie en 1956. Il faudrait ainsi lire, derrière la glorification des victimes de la révolution ratée de 1905, une critique des autorités soviétiques.

La discographie de l’œuvre est dominée par l’exceptionnel enregistrement de Leopold Stokowski et de l’orchestre de Houston (EMI) dont la hauteur de vue et l’inspiration laissent pantois. Seul la récente intégrale de Dimitri Kitaenko (chroniqué sur ResMusica) parvient à se hisser sur ces sommets vertigineux. Le mélomane collectionneur peut aussi compter sur le disque d’André Cluytens et de son orchestre de la société des concerts du conservatoire (Testament) dont les tempi échevelés font de l’œuvre une véritable épopée. Historiquement importants, les différents témoignages de Evgueni Mravinki (Russian Disc et Praga) sont malheureusement limités sur le plan sonore. Dans ce contexte, Mikhail Pletnev tient son rang et soutient la comparaison avec ses aînés. Enregistré en concert dans la grande salle du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Pletnev qui n’avait jamais été bien inspiré dans ses enregistrements pour le label jaune prend à bras le corps la partition. Dans des tempi allants, il évite le piège de l’enlisement. Le chef insiste sur la logique de la construction, la progression dramatique tout en apportant une très grande attention à la clarté des textures. La prestation de l’ est de premier plan. Cette phalange, fondée en 1990, se hisse dans l’élite des orchestres internationaux par la qualité de ses solistes et la cohésion de l’ensemble. Sans bouleverser la discographie, cet album servi par une plantureuse prise de son, se doit d’être connu de tous les amateurs de Chostakovitch.