- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Musique tchèque : Tradition et Création

Orchestre de la radio de Prague

Le programme de cette soirée symphonique – spécifiquement tchèque – présente entre autres avantages, celui de nous permettre d’entendre, de Smetana, autre chose que l’éternelle (certes fort belle) Vltava, comme de Dvorák, une autre symphonie, la n° 8, plutôt que la trop plébiscitée Nouveau Monde ; Et puis surtout, le fait d’assister à la création du concerto pour alto et orchestre de Jindrich Feld, un compositeur de grande notoriété dans son pays, et dont l’œuvre (concertos, symphonies, musique de chambre…) s’est déjà largement exportée. Le concert se déroule en présence du compositeur et de S. E. Monsieur l’Ambassadeur de la République tchèque à Paris, Pavel Fischer.

Šárka, n° 3 des six pièces composant le cycle Ma Patrie de Smetana, puise dans le fonds historico-légendaire de la Bohème. L’histoire de cette Amazone guerrière trahie par son amant est des plus barbares. Attirant dans un piège un chevalier tombé sous son charme et accompagné de ses hommes, elle les fait massacrer jusqu’au dernier par ses compagnes (ils tom-bent, tom-bent, tom-bent…!) Pour se venger de tous les hommes, à l’issue d’une bacchanale musicalement très « colorée » à laquelle un orchestre et un chef survoltés confèrent un souffle épique. On aura eu l’occasion de goûter au passage, la belle homogénéité des pupitres ainsi que de forts beaux soli de clarinette, basson et violoncelle. Cet orchestre, fondé en 1926 et conduit naguère par des baguettes aussi prestigieuses que Václav Talich, Karel Ancerl, ou encore Václav Neuman…semble n’avoir rien perdu des qualités qui ont établi sa réputation.

Le concerto pour alto et orchestre de Feld pourrait tout aussi bien s’intituler concerto pour orchestre avec alto obligato tant la contribution de l’orchestre prend d’importance ici, au contraire, par exemple, du concerto pour alto et orchestre de Bartók, mais à l’instar du concerto pour orchestre du même compositeur, car si l’alto est omniprésent tout au long de la pièce, l’émergence fréquente d’un instrument (ou groupe d’instruments) sur la masse orchestrale, voire l’installation d’épisodes quasi chambristes intégrant naturellement l’alto, font que l’orchestre (au sein duquel il se passe tant de choses!) Tout autant que le soliste, sollicite en permanence l’attention de l’auditeur. Aucun pupitre n’étant oublié ou laissé dans l’ombre, chacun a son « mot » à dire dans cette exploitation de toutes les ressources de timbres (du contrebasson à la petite flûte ou au triangle). Structurée en trois mouvements, sensiblement d’égale importance, pour une durée totale d’une petite demi-heure, l’œuvre n’est pas vraiment « souriante » ; et dans la mouvance des coloris, dominent les tons graves et sombres des cordes que dissiperont, comme par coups de vents (cuivres, bois!…et percussions), des épisodes rythmiques qui semblent se souvenir de Stravinski. La cadence de soliste, en fin de second mouvement, est époustouflante de virtuosité et , de bout en bout admirable de maîtrise, impressionne un auditoire visiblement fasciné. Il faut cependant attendre le troisième mouvement pour que la partition donne enfin l’occasion à l’alto de déployer son chant, d’un lyrisme grave appassionato, avant un final où la virtuosité (celle de l’orchestre comme celle du soliste) retrouve sa prépondérance.

Tonnerre d’applaudissements, chaleureuse accolade du compositeur au soliste : plein succès donc pour l’œuvre, son auteur et ses brillants exécutants ; en même temps qu’un honneur pour Dijon – et son Auditorium – qui peut s’enorgueillir d’avoir été le cadre d’une telle création.

Quant à la symphonie n° 8 de Dvorák, donnée en seconde partie de concert, peut-être la plus belle de l’œuvre symphonique du compositeur, avec la n° 9 dite du Nouveau Monde, l’interprétation qu’en donne cet orchestre, sous la conduite de Vladimir Válek, est des plus convaincantes. Soulignons notamment la perfection (parfait ensemble, finesse et légèreté) des fameuses gammes descendantes (violons puis cordes graves) dans le splendide Adagio, le rendu délicieusement grazioso de l’Allegretto et la remarquable qualité des vents particulièrement mis en valeur dans l’Allegro final.

Le programme parvenu à son terme est salué triomphalement, c’est dans une ambiance « bon enfant », proche du style « concert du Nouvel An » que s’achève cette soirée de musique tchèque avec les deux bis offerts par les musiciens, deux des célèbres Danses Slaves du même Dvorák : les n° 3 de l’op. 46 et n° 1 de l’op. 72, des pièces qui établissent une plaisante complicité entre les musiciens, leur chef et…un public ravi.

Vladimir Válek

(Visited 249 times, 1 visits today)