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Martha Argerich au TCE, concert exceptionnel ?

Que ne ferait-on pas pour assister à la venue de , la lionne du piano ? Le nombre de personnes devant le TCE à la désespérée recherche d’une place laissait prévoir un concert à guichets fermés. Mais de là à présenter n’importe quoi en mettant la célèbre pianiste en « produit d’appel » il n’y a qu’un pas à franchir. Ce qui fut fait.

Comme à son habitude est venue entourée de ses « protégés », jeunes instrumentistes qu’elle soutient mais qui -à l’exception d’Ivo Pogorelich- ne font guère carrière après.

Curieuse idée de commencer le concert par le Concerto pour violon de Sibelius. Le public n’a pas le temps de s’asseoir que l’orchestre commence. Dommage, l’œuvre ne débute pas spécialement fortissimo, mais malgré les bruits de sièges on pouvait se faire une idée précise du jeu de Geza Hosszu-Legocky, dont le programme précise qu’il joue aussi du jazz et de la musique tzigane. Malheureusement pour le public, il confirme le sketch de Bobby Lapointe sur l’art de jouer du violon. Ajoutez à cela des mimiques dignes de Maxim Venguerov (le génie en moins) et les yeux rivés sur la partition (oui il ne jouait pas par cœur une œuvre au programme de tous les concours internationaux) le tableau est complet. L’orchestre et son chef - remplaçait Myung Whun Chung retenu à Séoul- tentaient désespérément de le suivre, mais tout cela ruait plutôt dans les brancards.

n’était peut-être pas aidé par le soliste du premier concerto de la soirée, mais avec Martha Argerich ce ne fut pas mieux. Aucune folie, aucune joie, aucun sarcasme ne ressortait de ce Concerto n°3 de Prokofiev, œuvre pourtant peu portée sur la morosité. Pianiste et orchestre suivent des chemins radicalement différents, dans une pulsation fluctuante. Pourtant le jeu de la Lionne du piano ne peut être qualifié, tant les superlatifs ont été usés à son propos depuis ses débuts fulgurants en 1955. Elle dévore littéralement la partition en se ruant sur le piano et en faisant rugir (certainement de plaisir, et en tous cas pour le public) de sonorités presque orgiaques. Dommage que le chef ait raté le rendez-vous, si ce n’est dans le dernier mouvement. Inutile d’essayer de se faire une idée du bis d’une durée de 15 secondes environ, probablement un extrait d’une œuvre de Chopin.

Martha Argerich avait déjà réuni ses trois jeunes acolytes à l’occasion du Festival de Lugano dans les Noces de Stravinsky. Le chœur (familier de l’œuvre puisqu’il l’a chanté à trois reprises lors du festival Présence 2005 : 1, 2 et 3) et les instrumentistes n’appellent aucun reproches. Les solistes sont plus mitigés, la soprano et la basse sont excellentes, la contralto essaie d’obtenir un timbre nasal très bizarre et le ténor est inaudible. Thierry Fischer, à force de mimiques et de gestes incongrus ne réussit à faire de cette partition qu’une suite cacophonique. Le tempo précipité oblige tout un chacun à se raccrocher aux branches, avec pour conséquences une mise en place hasardeuse et un gommage de toute dynamique. Le concert était pourtant annoncé comme « exceptionnel ».

Crédit photographique : © Amaldo Colombarolli

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