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Liat Cohen et Ricardo Moyano : Latino-Ladino

Mandala

Le mélange des cultures est à la mode et nous n’allons pas nous en plaindre tant nous regrettons le cloisonnement dont la musique fait encore trop souvent l’objet. Liat Cohen et Ricardo Moyano, deux guitaristes aux palmarès impressionnants et à la carrière bien remplie nous offre un disque où Cardoso, Plaza et autres Barros, compositeurs plus dans la mouvance traditionnelle, côtoient Verdi, Le Roi ou Mudarra. Un curieux mélange qui attire indéniablement la curiosité.

Cardoso donc, avec une belle Milonga en ouverture de cet enregistrement, chantante et mélodique suivit d’une douce Cancíon. Pianiste et bandonéoniste, Julian Plaza est un grand spécialiste du tango et l’on découvre son talent dans cette Payadora, rythme précurseur du tango. Sur des rythmes qui sentent bon l’Amérique du Sud, Navidad Negra de Barros et Chaguas de Luna du guitariste Luis Chazarreta précèdent Bajo la parra de Ricardo Mayano, une pièce beaucoup plus classique. Les célèbres Valses Poétiques de Granados ont fait l’objet de nombreuses transcriptions pour guitare seule et pour deux guitares, et la version qui nous est servie ici par le duo Cohen-Moyano nous paraît un peu sèche dans l’interprétation. La fantaisie de Tarrega sur des thèmes de La Traviata interprétée dans sa version originale pour guitare seule sans que nous sachions qui tient l’instrument met en évidence un jeu dur dans l’attaque. Les deux pièces de Villa-Lobos sont extraites des Danças Características Africanas. Ecrites initialement pour piano (Villa-Lobos en fit une transcription pour octuor), la version pour deux guitares proposée ici est intéressante car elle respecte bien la structure initiale des pièces et l’esprit de celles-ci, Kankukus représentant la danse des jeunes et Kankikis la danse des enfants sur des thèmes des Indiens Caripuna du Mato Grosso.

Dans un esprit plus classique, vient ensuite une seconde pièce de Ricardo Moyano Ladino sous forme d’une fugue très académique.

Très gaie l’Ani Pourim célèbre la fête du Pourim comme il se doit, dansant et sautillant.

D’, Recuerde el alma dormida est une transcription pour deux guitares de ce qui était à l’origine pour voix et vihuela sur des couplets de Jorge Manrique. Le duo nous livre un travail intéressant comme pour le Triste estaba el Rey David où le compositeur développe un contrepoint remarquable. Deux chansons turques pour suivre avant un bon en arrière surprenant qui nous amène à un traditionnel bransle d’Adrian Le Roi.

La Serena est une belle pièce faite de rythmes rompus et de demi-tons. Les célèbres Jácaras clôturent ce disque dans une interprétation très classique qui, à notre avis, manque d’allant.

Il nous semble que l’intérêt de cet enregistrement réside principalement dans l’écoute de pièces peu connues voire inconnues car nous restons mitigé à l’écoute du détachement des interprètes, qui donnent l’impression de jouer chacun de leur côté. Pas de réelle symbiose, pourtant indispensable à la formation d’un duo. Cela donne un sentiment de froideur qui nous laisse un peu sur notre faim.

Un disque de découverte donc.