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Mezzé forte

Avec leur premier disque, les jeunes interprètes et parcourent en 62 minutes plus d’un siècle de musique de chambre, et avec brio. Dans un joyeux melting-pot, toutes les classifications volent en éclats dans une volonté boulimique d’embrasser le monde. Musiques slave, espagnole, juive, asiatique, française, toutes se tiennent la main dans une improbable farandole. Que ceux que le cloisonnement agace se réjouissent, ce disque est fait pour eux.

Car il ne s’agit pas de trouver dans ce programme un quelconque fil directeur, mais plutôt de procéder en toute décontraction à une dégustation façon mezzés. Le plaisir ne naît pas du chemin parcouru, mais de la multiplicité, de la succession des saveurs sucrées (Danse slave, Danse espagnole, Zéphyr, Introduction et Tarentelle), subtiles (Quatre Pièces), âpres (Subito), douce-amère (Happy Hours)…

Sur le plan interprétatif, les pièces virtuoses se détachent des pièces introspectives, telle Subito, dernière œuvre achevée de Lutoslawski en 1992, qui exige tonicité, technicité et peu d’introspection. Composée pour le concours d’Indianapolis, son intérêt dépasse largement les circonstances utilitaires qui l’ont vu naître, et c’est bien ainsi que l’entendent les deux musiciens. Non que les pièces au plus fort contenu émotionnel, comme la Hebrew Melody de ou les déliquescentes Happy Hours du jeune compositeur français Frank Krawczyk soient hors de portée des interprètes, mais ceux-ci ont – et c’est tant mieux – trop de vitalité pour rendre tout le poids oppressant du siècle. Curieuse pièce d’ailleurs que ces Happy Hours, d’après la Symphonie n°9 de Mahler, dont l’écriture minimaliste rappelle plutôt le dernier Chostakovitch, par cette façon fantomatique d’évoquer les souvenirs heureux et lointains, donc mélancoliques. Etrangement, la courte notice ne dit rien de cette œuvre, dont le rôle conclusif signifie pourtant beaucoup. Pudeur du musicien ; pas de paroles, la musique seulement.