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Ensemble Syntax

Festival des Arts Sonores

Le deuxième cycle de concerts de la saison Syntax 2006, initiée et organisée depuis 2001 par – professeur de composition acousmatique et instrumentale au CNR de Perpignan – proposait six manifestations alternant projections d’œuvres acousmatiques, vidéo et concerts instrumentaux à travers les œuvres en création des étudiants de la classe de composition, un portrait de Robert Cahen, vidéaste invité, et une carte blanche donnée à l’altiste de renommée internationale qui mariait dans une de ses compositions, Malor me bat, la sonorité de l’alto à celle de l’étrange et toujours actuelle viole d’amour.

La soirée du jeudi 31 mars réunissait les membres de l’Ensemble Syntax pour un concert d’œuvres mixtes confrontant le geste instrumental à la source électroacoustique ou au support vidéo comme dans l’œuvre de José-Manuel López López. Rappelons qu’à cette occasion, l’auditorium du conservatoire accueillait les quelques 44 sources sonores de l’acousmonium Motus distribué dans la salle pour une spatialisation du son à couper le souffle. C’est , interprète titulaire de cet orchestre de haut-parleurs, qui, à la console, assurait la projection, dosant en virtuose l’intensité et la couleur de chaque mouvement du son pour en détacher la silhouette en plans sonores d’une grande netteté.

Dans Violostries, œuvre « mixte » de , résonnant ce soir sous les doigts volontaires de Diego Tosi, le compositeur engage une confrontation tendue entre geste instrumental et source électroacoustique… conçue en studio à partir de sons de violon enregistrés. Ecrite par – qui fut le créateur et le dédicataire de l’œuvre en 1964 – la partie instrumentale est un jeu réactif et inspiré avec la bande dont la dimension spatiale évoque dans sa démultiplication presque onirique un orchestre imaginaire répondant et amplifiant le jeu du soliste de ce concerto « concret ». Particulièrement à l’aise avec cet univers encore relativement inhabituel, et avec un sens esthétique ravissant autant les yeux que les oreilles, Diego Tosi nous conviait à cet « Harold en litanie » avec un lyrisme presque classique, tout en s’appropriant totalement la plastique étrange et familière de cette œuvre restée une exception dans le parcours essentiellement acousmatique de .

Tout aussi engagé et intime de son instrument, au saxophone ténor proposait un autre itinéraire dans Voilements de Jean-Claude Risset, œuvre mixte elle aussi dont la partie électroacoustique, en phase avec l’instrument qu’elle démultiplie dans l’espace, va progressivement « voiler » de son aura électronique, minant puis désincarnant sa couleur jusqu’au bruit blanc, un dernier souffle traversant le corps du saxophone privé de son embouchure. Avec une réelle présence scénique et un engagement physique remarquable, le saxophoniste (et pianiste) d’origine polonaise donne un relief surprenant à cette dramaturgie sonore qu’il conduit en véritable acteur.

Le concert se poursuivait par une création d’un jeune compositeur japonais Isamu Kanaï – passé par les stages de composition Motus et d’interprétation acousmatique du festival Futura de Crest – à qui Syntax avait commandé une œuvre sollicitant l’ensemble de son effectif permanent : flûte, saxophone, piano, percussions et support audio. Une œuvre d’un bel élan juvénile où le discours très solidaire, secoué de bourrasques, des quatre instruments émerge d’un déferlement orageux d’une grande poésie, intro électro pétrie de hiératisme élémentaire et projetée sur les haut-parleurs par un au swing communicatif.

Bien différente est La Céleste de José-Manuel López López située dans le décor vidéo d’une ville lacustre réinventée par Pascal Auger, cauchemar architectural troublant qui ne laisse pas d’évoquer les vues de Piranèse… L’œuvre associe, dans un registre des plus subtils, les sonorités liquides du vibraphone sous les baguettes de aux visions calmement marmoréennes d’une Venise désossée pour une vidéo-fantôme fascinante où les sons (ceux d’une belle pièce pour deux pianos et orchestre, Movientos, créée au festival Musica il y quelques années) et les images se répondent en de secrètes correspondances.

Crédit photographique : Oreille, installation de Jean Dupuy © Centre Georges Pompidou, Paris