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Requiem à l’ancienne

Casadesus dirige Tavener et Mozart

Page rebattue et rabâchée, le Requiem de Mozart fait malgré tout, toujours recette, et la salle du Nouveau Siècle était comble ce soir pour ce concert. On débute par Tears of the Angels de John Taverner, composition créée en 1996, dédiée aux victimes des guerres de Yougoslavie. C’est un adagio pour cordes et violon solo, planant et éthéré, pas désagréable à entendre, mais d’une vacuité à peu près totale : une seule idée musicale étirée sur un long quart d’heure. Musique des sphères, extase mystique ? On serait plutôt tenté de répondre « vide sirupeux » ! On enchaîne ensuite directement sur l‘introït du Requiem, qui est dès lors bien troublé par les toux et les mouvements d’un public tout surpris de ne pas pouvoir s’ébrouer quelques instants.

En voyant les 120 choristes déployés sur scène, on se doutait bien que ce Requiem ne serait pas celui reconstitutions historiques, et on n’est pas déçu. Voilà un ce qu’on peut appeler un bon vieux Requiem « mystico-symphonique » que les grands chefs allemands du passé n’auraient pas désavoué. Le résultat, pour des oreilles d’aujourd’hui, est contestable, mais il faut reconnaître que les options sont défendues avec conviction et un succès certain : Introït lent et grave, mais pas austère grâce à des phrasés souples et aux sonorités douces de l’orchestre, Kyrie martelé et monumental, Dies Irae et Confutatis à l’effroi théâtral et à l’ambiance survoltée, Tuba mirum et Recordare à l’éloquence presque opératique, Rex tremendae fracassant, Lacrimosa extatique… Le Requiem de Mozart selon Casadesus est celui de la démesure et du romantisme exacerbé à venir.

Au vu des progrès effectués de longue date dans la restitution plus fidèle des œuvres de la période classique, on pourrait rejeter cette version assez anachronique, mais la grandeur que cherche à imposer Casadesus n’est pas grandiloquente, et la ferveur est réelle.

Orchestralement, le résultat est très bon : l’ONL en petite formation a de superbes teintes sombres, beaucoup de cohésion, et l’ensemble sonne avec légèreté et souplesse. Le Chœur du Nord Pas-de-Calais n’est pas à pareille fête. D’abord pour la simple raison qu’il est trop nombreux, et que s’il est encore tout à fait acceptable d’entendre des Requiem de Mozart « ultra romantiques », encore faut-il que le chœur ne donne pas l’impression d’être dans du Verdi. L’homogénéité est très perfectible, les timbres n’ont rien de séduisant, les nuances sont approximatives : dans les parties à grand spectacle comme Dies Irae ou Confutatis, le simple poids vocal peut faire effet, mais dans des parties plus intimes comme Lacrimosa, les cent vingt voix du chœur sont bien en peine de faire preuve de douceur et de subtilité. Le quatuor soliste est honorable et raisonnablement engagé, mais sans se montrer très marquant.

Malgré les limites du chœur, ce Requiem aux options démodées est intéressant et globalement réussi, et est la preuve qu’on peut passer un concert très agréable sans partager pour autant les choix du chef.

Crédit photographique : © DR