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Aita Madina, prêtre, compositeur et basque

La musique d’Aite Madina est une agréable découverte, quoique le double album de Claves mêle des partitions estimables comme les concertos, la Cadena de oro ou Danza et Orreaga à d’autres d’une platitude néoclassique navrante (les œuvres avec chœur surtout). A l’instar du contemporain Felix Ibarrondo, Madina avant d’être compositeur était surtout homme d’église, et ses fonctions l’ont emmené loin de son pays basque natal – comme Buenos Aires et New-York – à un moment de l’histoire d’Espagne où il ne faisait pas bon d’être issu d’une autre culture que castillane. Loin de sa terre, Aite Madina n’a cessé de la chanter et de la glorifier, en utilisant nombre de thèmes traditionnels basques. Point de transformations ou d’intégration dans un langage musical, ce « populaire en musique » est plus proche de la vision de Canteloube que de Bartok, dans une parure orchestrale issue directement de Ravel.

Le Concierto vasco pour quatre guitares (1969) et orchestre mérite à lui seul le coup d’oreille. Composé pour le quatuor de guitares de la famille Romero, il est d’une originalité et d’une inventivité supérieures au Concierto andaluz de son contemporain et ami Joaquin Rodrigo (ces deux œuvres eurent les mêmes destinataires à deux ans d’intervalle). Le matériau folklorique ne vise pas à une évocation de carte postale mais sert de base rythmique à toute l’évolution de l’œuvre – Stravinsky n’est pas bien loin. A l’inverse le Concertino vasco (inachevé, orchestré par Tomás Aragüès Bernad) pour harpe et cordes ne contient aucune mélodie typiques du pays natal de son compositeur, tout est dans la suggestion des titres de chaque mouvements.

Malgré l’hétérogénéité de l’inspiration de Madina, les interprètes défendent avec conviction cette musique pour nous inconnue. L’Orchestre National Basque dans les pages symphoniques brillantes confirme l’évolution positive de la vie musicale au-delà des Pyrénées. L’Orfeon Donostiarra reste fidèle à son excellente réputation, et aucun des solistes ne démérite – en tête. Un disque pour mélomane curieux de nouveaux horizons.