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Jozef de Beenhouwer joue Robert Schumann tellement humain

Le rôle du chroniqueur musical est-il d’attaquer ou de défendre violemment, bardé, bien sûr, des meilleures ou des plus viles intentions, les œuvres, leurs créateurs ou leurs interprètes ? Nullement semble la réponse la plus appropriée et la plus digne de générer un enthousiasme renouvelé et renouvelable. Présentement le label Phædra, largement dédié aux œuvres venues des Flandres, nous convie à revisiter le monde pianistique si singulier de .

Et notre axiome initial nous autorise à tout simplement aimer l’interprétation de , pianiste belge fort expérimenté mais encore peu médiatisé. Ceci ne nuisant nullement à cela évidemment ! Le premier opus abordé, le célèbre Carnaval op. 9 (1834-1839), sous-titré avec précision Scènes mignonnes sur quatre notes, explore des aspects d’une variété exceptionnelle et d’une richesse époustouflante. Avec aisance et grand naturel, Beenhouwer joue la vingtaine de sections par le biais d’un sens de l’unité sans pour autant galvauder leur spécificité individuelle parfois très éloignée les unes des autres.

Les neuf Scènes de la forêt [Waldszenen, op. 82, 1848-1849] composées une dizaine d’années plus tard, plus matures, plus disciplinées également, accentuent l’homogénéité du cycle amplement stimulé par le concept romantique de la forêt, et plus largement par celui de la nature, confronté avantageusement aux déceptions générées par l’idée utopique de progrès social. Le pianiste en souligne habilement le lyrisme sous-jacent teinté de part en part de mélancolie prégnante.

Enfin, nous régale avec les fameuses Scènes pour enfants, ces Kinderszenen écrites en 1838 et parées du numéro d’opus 15 dont les treize parties sont merveilleusement déclinées. Il en souligne délicatement les nuances et les atmosphères comme le réclament exactement les titres des morceaux. L’espièglerie enfantine et candide de Cache-cache (Haschemann), les bouffées de joie pure de Bonheur parfait (Glückes genug) ou encore l’onirique et éthérée Rêverie (Träumerei)… explorent subtilement, tour à tour, les facettes multiformes de l’univers schumannien, romantique et instable mais ô combien génial et authentique.

Trois opus, trois chef-d’œuvres, trois mondes rattachés à la pensée complexe et toujours actuelle d’un compositeur tourmenté, inspiré, pour tout dire universel et plus encore… terriblement humain.

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