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La soucoupe planante de Nicolas Gombert

Déjà magnifiquement servi au disque par les Tallis Scholars (chez Gimell en 2001) et les Henry’s Eight (chez Hyperion en 1997) par Paul van Nevel et son Huelgas Ensemble chez Sony et le groupe Ars Nova chez Kontrapunkt, , dont la chronique avait perdu ces derniers siècles jusqu’au nom, fut un savant contrapuntiste de la Renaissance et justifierait à lui seul le terme d’apogée de la polyphonie franco-flamande. L’Oxford Camerata est pourtant ici loin de faire pâle figure après ses valeureux devanciers. Dirigée par son chef et chanteur Jeremy Summerly, elle se distingue par des qualités immédiatement identifiables dans le mélange des voix, la rigueur rythmique, le contraste des dynamiques, la pureté et la chaleur des timbres, et une éloquence indéniable dans les rapports texte-musique.

Quant à Gombert, il est peut être né au sud de la Flandre, et aurait été élève de Josquin Desprez. En 1526, il est chanteur à la Chapelle de la Cour de Charles Quint. La Flandre fut en effet longtemps un état devenu partie intégrante de la couronne d’Espagne, et depuis la guerre de trente ans elle a gagné en ce qu’elle a perdu en unité ce qui en fait en quelque sorte le « Kurdistan de l’Europe » (partagée aujourd’hui entre France, Belgique, Pays-Bas et une petite partie de l’Allemagne).

Gombert accompagne donc la cour du Roi dans ses voyages en Italie, Autriche, Allemagne… Point maître de chapelle, il fait néanmoins office de compositeur pour les grandes cérémonies. Clerc ou peut-être prêtre, il eut des charges ecclésiastiques à Courtrai, Lens, Metz, et obtint même un canonicat à la cathédrale de Tournai en 1534 (dignité de chanoine qui a donné l’expression familière et un peu compassée « C’est un vrai canonicat », pour un emploi qui exige peu de travail et impose un minimum de contraintes…).

Sans doute sorti du purgatoire après prescription, Gombert aurait par ailleurs violé un garçon du service de l’empereur (un enfant de chœur selon d’autres sources), et été condamné aux galères puis à l’exil, d’après le physicien Jérôme Cardan, chroniqueur de l’époque. Pendant cette période, il aurait composé un Chant du cygne qui lui permet d’obtenir à la fois le pardon de l’Empereur et un bénéfice ecclésiastique suffisant pour finir ses jours en paix. Ce pourrait être son dernier Magnificat, daté de 1552 (on en attend la sortie avec impatience).

Les œuvres de Gombert qui nous sont restées sont donc strictement vocales, parfois écrites jusqu’à des formations à 12 voix distinctes. Au contraire de ses contemporains italiens, qui avaient déjà pris le tournant d’un style plus animé et harmonique, Gombert s’est maintenu sa vie durant dans une fidélité aux strictes règles du contrepoint, et semble avoir un peu méprisé la modernité naissante jaillie d’Italie. Ses œuvres sont imprégnées de la complexité foisonnante et soyeuse des pièces de Josquin, en y ajoutant si possible un degré suprême de raffinement et de richesse polyphonique. Un corpus relativement important de ses œuvres a survécu, qui comprend des messes, un grand nombre de motets, des chansons profanes, un ensemble de huit Magnificats (un pour chaque mode), et toute une collection de pièces de circonstance. Dès après sa mort, Gombert fut encensé comme l’un des derniers grands maîtres de la polyphonie vocale. Et il est vrai que son œuvre est considérée par les amateurs comme une des plus représentatives des développements ultimes du contrepoint imitatif, jusqu’à l’avènement futur de la fugue à l’âge baroque, tout au moins. C’est signé un fana de Gombert, qui attend l’édition des T-Shirts. Bientôt disponibles dans toutes les F… et peut-être sur le site de votre valeureux serviteur.