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Rubinstein était une perle, Felicja aussi !

Pour caractériser la pianiste polonaise (1908, Varsovie – 1991, Tel Aviv), donner ses années de naissance et de disparition ne suffit pas, il faut ajouter quelques unes des villes où elle s’est établie, Rio de Janeiro en 1942 surtout, mais aussi Milan en 1962, Londres en 1973, New York en 1984. Brana Records se consacre presque exclusivement à cette musicienne, et sa légitimité est indiscutable : nombre d’enregistrements ont été produits par Markus Mizne son mari, et la directrice artistique du label, Annette Céline, est leur fille. Cependant, l’intérêt dépasse largement le cadre d’une entreprise d’autoproduction familiale.

est un exemple de la grande école européenne – ici polonaise – du début du XXème siècle servant aussi bien le grand répertoire que des œuvres oubliées. Interprète émérite de Chopin, elle a été formée auprès de Zbigniew Drzewiecki, fondateur et président du prestigieux concours Chopin, et de Józef Turczynski qui a co-édité l’intégrale de l’œuvre du compositeur. Exilée au Brésil, la pianiste impressionna Villa-Lobos dans l’interprétation de la musique brésilienne. Il composera pour elle son Concerto pour piano n°5, qu’elle créa à Londres sous la baguette de .

En Europe, son mari écume les bibliothèques à la recherche d’œuvres rares qu’elle puisse interpréter. Dans ses récitals, elle avait pour principe d’associer les compositeurs et les répertoires établis avec des raretés, œuvres brésiliennes ou issues du répertoire du XVIIIe siècle. Les disques de Brana Records reproduisent ce modèle, associant les grands concertos de Mozart (n°21, n°9) et ceux de compositeurs rares tels que et Muzio Clementi – ce dernier enregistré aussi tardivement qu’en 1980 (référence BR0008), une belle preuve de la constance de la pianiste à arpenter les répertoires délaissés.

Mozart composait en employant le langage musical de ses contemporains, à cet égard il n’était pas en avance sur eux. Felicja Blumental fait bénéficier Kozeluch et Clementi de l’art aristocratique, de la dynamique sans outrance qu’elle accorde à Mozart – et c’est à juste titre qu’on a pu comparer l’art de Blumental à celui d’Arthur Rubinstein, né à Lódz en Pologne en 1887. On peut penser que c’est une chance pour ces compositeurs négligés d’être traités par une fine mozartienne, mais c’est en même temps cruel dans la mesure où la preuve est apportée que leur inspiration se situe bien en deçà de leur immense contemporain. Les directions d’orchestre de et ne retiennent guère l’attention, au moins ne cherchent-ils pas à divertir l’attention de l’interprète à leur avantage. A noter que les belles illustrations sont de Markus Mizne.

Felicja Blumental, une personnalité du piano du XXème siècle à découvrir ou à redécouvrir.