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Verdi, une passion, un destin

En 2001 certes les opéras de , rarement absents du répertoire, ont été plus que de coutume programmés. Logique puisque ce fut le centenaire de la mort du Maître. Concernant les opérations « grand public » en revanche nous restons sur notre faim. Verdi a vécu à Paris, a écrit pour l’Opéra de Paris, s’est souvent inspiré d’auteurs français (Hugo, Dumas fils, Mariette) ou de faits historiques qui concernant de près ou de loin la France (Don Carlos, les Vêpres Siciliennes, …). Les cérémonies hexagonales autour du compositeur de Rigoletto ont été rares, et ont souvent frisé le ridicule : une Aïda lilliputienne au Stade de France, une Traviata télévisée soit-disant en direct avec une distribution au rabais, et Verdi, une passion, un destin concocté par Alain Duault.

L’entreprise est louable : faire un film relatant la vie de Verdi, diffusé sur grand écran, tandis que d’importantes forces musicales illustrent en direct les images. Prévue pour de vastes espaces (plein air, palais des congrès ou sports, …) et le petit écran, l’occasion était trop belle pour faire un véritable produit à la fois didactique et divertissant. Mais là où la BBC excelle, France-Télévision semble résolument décidée à s’échouer sur le premier écueil venu.

Le traitement de la vie de Verdi comme une interview est original, reste toujours l’acteur d’exception que l’on connaît, mais dans le rôle du journaliste il aurait mieux valu un comédien plutôt que les mimiques et attitudes prévisibles du concepteur de ce film, qui à force de vouloir tout régenter finit par livrer un message insipide.

Eh oui monsieur Duault, les musicologues peuvent servir à quelque chose, en tous cas à éviter d’aligner les platitudes et erreurs sur la vie de Verdi. Donner l’image du compositeur romantique frappé par le destin qui ne trouve le calme et le repos que dans la vieillesse est tentant et fortement télégénique, il n’empêche que Un giorno di regno, deuxième opéra de Verdi, a été certes son premier échec, mais a tenu l’affiche plus d’une soirée lors de sa création. Il a même été repris l’année suivante, toujours à la Scala en 1841. Si la chronologie des évènements biographiques est respectée, les derniers opéras sont soigneusement évités. Certes, l’entretien aurait été difficile post-mortem, mais il n’y à guère que Mozart qui termina sa vie en composant un Requiem. Verdi devait encore écrire quelques sublimes pages après sa messe des morts, bien peu présentes dans ce film-émission. Quant au rôle politique important du compositeur dans une Italie en pleine crise identitaire, il a été tout simplement oublié. Peut-être pour ne pas inciter le public à réfléchir ?

Et la musique dans tout ça ? Malheureusement elle ne relève pas le niveau : une série de chanteurs en bout de course, un orchestre joyeusement faux (ah ! les klaxons en guise de cuivres dans l’ouverture de la Force du Destin) et un chef qui ne fait rien pour retenir ses troupes : voila un bon Verdi bien tzim-boum-boum comme on aime à se le figurer. En 2001 n’a plus que l’ombre de sa voix, Ignacio Encinas est définitivement fâché avec la justesse et la pulsation, quant aux autres solistes ils ont oublié le sens du terme « nuances ». Seuls les chœurs (excellents) tirent leur épingle du jeu. Bien sûr l’ensemble de la prestation musicale est en direct mais à force d’erreurs on se croirait dans une « dictée de faute » d’un concours de formation musicale en conservatoire…

La musique classique à la télévision a vraiment du mal à se faire valoir… Rendez-vous le 31 mai sur Mezzo ou ce documentaire-fiction sera diffusé. L’occasion de se faire une idée de l’indigence des productions télévisuelles de musique classique du service public.