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Mes hommages, Madame !

Résurrection d’une opérette de Christiné par la 11e Compagnie

Créée fin 1923 au théâtre Daunou, Madame est la troisième opérette due à la collaboration de Christiné et Willemetz et suit de près les triomphes de Phi-Phi (1918) et de Dédé (1921). Madame s’inscrit dans la droite ligne de ces deux pièces qui ont défini les nouveaux standards de l’opérette d’après-guerre : Livret leste, lyrics truffés de calembours hilarants et de rimes délirantes, musique fortement imprégnée de rythmes américains, où fox-trot et one-step règnent en maîtres. Si ses deux aînées sont mieux connues aujourd’hui, Madame est également un petit chef-d’œuvre qui n’a rien à leur envier. La verve d’Albert Willemetz y est comme toujours incomparable, et Christiné montre une nouvelle fois son habileté à trousser des refrains exquis et entêtants, tout en se lançant avec succès dans des formes plus complexes : L’étincelant quatuor du deuxième acte peut ainsi rivaliser avec celui de Ta Bouche de (1921), qui l’a manifestement inspiré.

Le spectacle que propose la 11e Compagnie (en résidence au Conservatoire du XIe arrondissement !) est monté avec des moyens modestes : Peu importe en somme, car ce répertoire n’exige ni mise en scène fastueuse, ni grandes voix, et cette musique s’accommode bien mieux que d’autres d’une simple version pour piano. Ce qu’il faut ici, c’est du rythme et de l’esprit, et notre jeune troupe de chanteurs-comédiens-danseurs en a en réserve. Les trois actes passent comme un éclair, les répliques fusent sans le moindre temps mort, les chansons et les ensembles font mouche à tous les coups (en grande partie grâce à des dictions dans l’ensemble excellentes) : On sent la patte d’une grande professionnelle… C’est Nicole Broissin, la dernière en titre de nos divettes d’opérette et l’ancien professeur titulaire de la défunte classe d’opérette du Conservatoire National Supérieur de Paris, qui dirige ce petit monde. Elle parvient visiblement à transmettre à ses ouailles une tradition, un métier qui sont indispensables pour trouver ici le ton juste, ce que de récentes tentatives mieux dotées pour faire renaître ce répertoire à la scène ou à l’écran n’ont pas toujours su faire. On souhaite à la 11e Compagnie de trouver rapidement l’audience que mérite son talent !

Crédit photographique : © 11e Compagnie