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Mitropolous, Siepi, Del Monaco, un Ernani « de routine » au Met

Le label Urania propose en CD ce qui devait être une soirée de routine au Met, le 29 décembre 1956 : un Ernani avec rien moins que , , et Zinka Milanov, le tout dirigé par  ! Prise de son « live » et mono, plus ou moins entachée de toux et de bruits de fond : c’est le prix à payer pour avoir une idée de ce qui se passait durant ces représentations qui sont entrées dans l’imaginaire collectif, même si la plupart d’entre nous n’était pas encore née, ou dans l’incapacité de l’enfance à savourer un opéra.

L’éditeur a visiblement estimé que l’intérêt de cette soirée tenait principalement au ténor : c’est la photo de que l’on voit sur la pochette, et les bonus d’un minutage généreux nous offrent ses premiers enregistrements en 78 tours (1948/1952). Pourtant, quelle brochette de noms célèbres ! Et, comble du paradoxe, ce n’est pas le ténorissimo la vedette de cette soirée, il n’est qu’à l’aube de la fantastique carrière qui atteindra son apogée dans les années 60, non, les idoles du public du Met, applaudis dès leur entrée en scène avant même d’avoir ouvert la bouche, ce sont Zinka Milanov et  !

Stars décevantes d’ailleurs, Zinka Milanov plombe toute la captation par un timbre usé, des aigus criés et faux à frémir, une ligne négligée, des fioritures savonnées, des intervalles « dégueulés » et l’ensemble de son rôle chanté constamment trop bas. Carrément insupportable. On devrait probablement un peu plus de respect à une chanteuse qui a fait une si belle carrière, essentiellement au Met, et qui était au moment de la prise de son sur la pente descendante (elle était alors âgée de cinquante ans) mais nous avouerons que nous n’avons jamais déniché aucun de ses enregistrements qui nous fasse saisir sa grande popularité auprès des New-Yorkais.

Tout autre est le cas de Leonard Warren, qui a laissé suffisamment de traces sonores de ses interprétations pour nous convaincre de quels fabuleux Rigoletto, Macbeth ou Simon Boccanegra il pouvait être. Sa prestation de ce 29 décembre 1956 n’est d’ailleurs pas indigne, mais, qui pourra le dire cinquante ans plus tard ? Peut-être était-il en méforme, peut-être le rôle lui convenait-il moins, peut-être est-ce un effet de la prise de son, mais son Carlo sonne fatigué, les aigus un peu tirés et nasals, rendant sa prestation assez quelconque, et fort loin de sa légende. Conforme à sa légende est en revanche le formidable en Silva. Beauté du timbre, graves royaux, noblesse de l’incarnation, autorité de l’accent… Une basse granitique, comme les aimaient Verdi.

Que dire de l’Ernani de Mario Del Monaco ? On n’était pas jusqu’ici thuriféraire du ténorissimo, mais ce timbre de métal, cette vaillance, cette fièvre, ces aigus triomphants balaient toutes réserves et emportent l’adhésion. Un prince-bandit de grande classe. Il est également étonnant de réaliser à quel point Placido Domingo l’a écouté et a saisi la leçon : les inflexions, les intonations, l’urgence sont exactement les mêmes.

L’orchestre n’est pas le plus intéressant dans les opéras de jeunesse de Verdi, et on estimait surtout la direction de pour le soutien indéfectible qu’il apportait aux chanteurs, y compris dans leurs pires défaillances (Milanov, toujours !) jusqu’à ce qu’on entende les bonus : Aida, Otello, I Pagliacci, Cavalleria rusticana, Turandot, Carmen et Werther (en italien). A ce moment, le ténor, coaché par des chefs de moindre envergure (Argeo Quadri et Tomaso Benintende-Neglia) possède autant de métal mais beaucoup moins d’âme, et on entend ça et là, de façon embryonnaire, les complaisants péchés-mignons qui dénatureront plus tard nombre de ses prestations : sanglots, points d’orgues, coups de glotte, portamenti.

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